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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 22:11

 

 

 

 

(sans titre) (2000)

 

Chorégraphie de Tino Seghal

 

Avec Boris Charmatz et Frank Willens

 

 

 Il y a quelque chose de paradoxal à proposer une traversée de la danse du 20ème siècle en prenant comme mode d'expression principal le solo. Mais c'est aussi en cela que "(sans titre) (2000)", de Tino Seghal s'avère stimulant. Faire surgir un corps comme par inadvertance devant les spectateurs signifie de prime abord à quel point la question de la traversée restera ténue. Qui plus est, quand ce corps, celui d'un danseur nu, par ses différentes manifestations, appelle le spectateur à se concentrer sur cette seule présence.

 

 La nudité masculine, alliée au dépouillement d'une salle de répétition, à la Ménagerie de Verre (renforcée par ces verrières et ce miroir qui met la danse dans un état de perpétuel work in progress), contribue au trouble de "(sans titre) (2000)". Entre une annonce décalée en anglais (saluer le public, en présentant une traversée supposée durer 20 minutes) et l'apparition juste après de Frank Willens sur scène, il y avait de quoi s'interroger sur cette approche historique de la danse.

 

 C'est précisément l’intérêt de la pièce de Tino Seghal que de faire de cette présence brute la matière d'une vibration immédiate. Frank Willens, qui aborde donc en premier ce solo, s'y entend pour proposer, à travers des figures chorégraphiques identifiables (tel "L'après-midi d'un faune", par Nijinsky, ou un geste typique de Anne Teresa De Keersmaeker), des ruptures de ton, où la marche tient une place importante ; où l'exécution d'un morceau s’arrête brutalement pour engager le danseur dans une nouvelle recherche. La maîtrise technique alterne avec un relâchement propre à faire basculer le corps dans une animalité rampante, comme pris dans un rituel de possession. Willens en arrive aussi à exercer avec le public une certaine forme de séduction, allant jusqu'à lui proposer de recommencer une séquence.

 

 Une même chorégraphie pour deux corps, donc. L'occasion d'appréhender les variations d'un danseur à l'autre, certes, mais surtout le sentiment qu'avec l'arrivée de Boris Charmatz, c'est la singularité du corps qui prime. Le corps de Charmatz, plus grand, plus droit, s'engage moins sur le terrain d'une séduction que sur celui du labeur purement chorégraphique et, très vite, on aperçoit quasiment les "stigmates" de cet engagement : les mains qui rougissent comme autant de plaies, des coudes qui saignent presque. Certes, lui aussi y va de son rapport à la parole, en évoquant notamment son anglais compris seulement par des français, mais la trajectoire plus tendue de sa danse, à la limite de la rugosité, en dit long sur la manière d'imprimer sa marque sur un tel solo. Et, en somme, ce solo censé marquer des moments de la danse du vingtième siècle devient tout simplement, à travers l'emprise de Charmatz et Willens, une histoire lumineuse de corps à un certain point du temps.

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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