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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 22:11

 

 

 

 

Bovary

 

Pièce de Tiago Rodrigues

 

D'après Gustave Flaubert

 

Avec Jacques Bonnaffé, David Geselson, Grégoire Monsaingeon, Alma Palacios et Ruth Vega-Fernandez

 

 

 

 Ce fut l'un des procès les plus fameux et les plus retentissants de la littérature française, impliquant l'un de ses plus éminents membres. Avec "Madame Bovary", qui lui valut l'accusation d'outrage aux bonnes mœurs, Flaubert prouvait l'irréductible puissance de la langue littéraire, lui qui, plus tard, au vingtième siècle, figurera  comme l'une des influences phares pour les écrivains du Nouveau Roman.

 

 Flaubert, dont l'incomparable style littéraire, qualifié d'objectif, contribuera à déstabiliser les tenants d'une séparation entre le réel (qui permettait l'identification) et l'imaginaire (point possible d'évasion de la réalité), à travers notamment son fameux style indirect libre.

 

 Cette question du style, dans "Bovary", n'est pas rapportée, tout juste mentionnée. C'est dire si l'outrage aux bonnes mœurs qui entraînera l'écrivain sur les bancs de la justice est aussi une affaire de renversement langagier. En prenant appui sur trois axes principaux (le roman de Flaubert, le compte rendu du procès, et les lettres inspirées de sa correspondance), Tiago Rodrigues gomme un aspect qui aurait pu rendre son adaptation sèche, théorique, ou par trop intellectuelle.

 

 C'est tout d'abord en installant une ambiance particulière, bien avant le début du spectacle que Tiago Rodrigues laisse entrevoir son approche : les comédiens, déjà sur scène à mesure que la salle se remplit, sont occupés à disséminer sur le sol des pages venant de liasses qu'ils tiennent à la main. Tantôt avec une lenteur mécanique, tantôt avec désinvolture, tout en accélération ou en fixité volontairement contrite, l'air parfois distrait, scrutant de temps en temps la salle, la bouche proférant des murmures (Jacques Bonnaffé), ils contribuent à installer une atmosphère parfois désopilante, circulant au milieu d'espèces de paravents chargés de disques reluisants.

 

 Mise en scène somme toute discrète, malgré ces signes avant-coureurs, destinés à polariser l'attention du spectateur sur une seule matière : le livre, et les effets qu'il produit, comme autant de déflagrations qui auront longtemps une portée dans le champ de la littérature.

 

 Ainsi, il règne dans "Bovary" une tension qui tient un peu de "La controverse de Valladolid", entre un avocat de la défense (joué avec une prestance désopilante par David Geselson) et l'avocat général (rôle endossé par la comédienne Ruth Vega Fernandez, étonnante non pas seulement parce qu'elle joue le rôle d'un homme, mais parce que son jeu est traversé, ça et là, par une langue où percent des origines suédoises et espagnoles. Qui plus est, elle est enceinte). Affrontement destiné à mettre en scène l'opposition entre une posture moderne et la préservation du conformisme ambiant.

 

 Ce fil historique est constamment secoué par les extraits du roman de Flaubert, avec à chaque fois des renvois de page. D'un autre côté, les lettres adressées par Flaubert à une correspondante mystérieuse déplie les perspectives de ce spectacle vertigineux, pris dans une irrésistible dynamique théâtrale, notamment par la façon dont les comédiens, mis à part Ana Palacios en Emma, s'emparent de rôles différents.

 

 On pourra trouver ça et là quelques coquetteries (une série d'embrassades insistantes, David Geselson imitant une chèvre), mais cette légèreté ne nuit en rien à ce tressage habile entre un thème ô combien sérieux, digne d'un sujet de thèse littéraire, et son approche aérienne. On doit cette maîtrise, bien entendu, aux comédiens, qui jubilent dans leur rôle. Jacques Bonnaffé, éclatant en Flaubert, ajoute aux accents pathétiques de son personnage aux abois une note délicieusement bouffonne. La fragilité éthérée d'Ana Palacios ne l'empêche pas de s'engager, dans un passage musical moderne, sur un terrain purement physique.

 

 Ces différents états du corps, forgés par un jeu varié, labile, ouvre des perspectives irisées sur la façon d'habiter un rôle. Constamment sur un fil mouvant, alliant la profondeur la plus savante à la légèreté la plus déliée, les comédiens distillent avec bonheur leur aisance sur scène, rendant le texte de Flaubert et son approche historique bien plus proche de nous.

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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commentaires

Anonyme 02/04/2017 20:02

Bonjour ! Je suis à la recherche de la chanson servant de bande-son à la scène du bal... quelqu'un pourrait il m'éclairer ? Merci !

Anonyme 02/04/2017 20:02

Bonjour ! Je suis à la recherche de la chanson servant de bande-son à la scène du bal... quelqu'un pourrait il m'éclairer ? Merci !

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