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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 21:16

 

 

 

+51, Aviacion, San Borja

 

Texte, mise en scène et scénographie, Yudai Kamisato

 

Avec Masahiko Ono, Wataru Omura, Mari Kodama

 

 

 Après "Time's journey through a room" , de Toshiki Okada, présenté il y a quelques jours au T2G, on a envie, à la vision de "+51 Aviacion, San Borja", de définir une configuration du jeune théâtre japonais : une impression vaporeuse, une certaine forme d'étrangeté dans le rapport du corps à l'espace (des petits tressautements dans "Time's journey...", les positions décalées et burlesques dans "+51, Aviacion, San Borja". On pense encore à une pièce comme "Super Premium Soft Double Vanilla Rich" (Okada, encore) totalement axée sur une discordance entre la parole et les mouvements corporels de ses comédiens.

 

 "+51, Aviacion, San Borja", qui permet de découvrir pour la première fois une pièce de Yudai Kamisato, ne semble pas déroger à cette mouvance d'un théâtre de plus en plus reconnaissable. Pourtant, dès que l'on énonce cette proximité esthétique, on a aussitôt envie d'en dresser les écarts, les singularités. Kamisato est né au Pérou et sa pièce, en partie autobiographique, inscrit cette particularité au cœur de son intrigue. Point d'appui réaliste qui n'empêche pas, là aussi, une échappée dans les strates du rêve, si bien qu'il n'est pas toujours évident, dans cette pièce très dialoguée, de démêler présent et passé, réel et imaginaire, vérité et mensonge.

 

 Le talent de Yudai Kamisato repose en effet sur cette capacité à imbriquer des données multiples, opposées, en les faisant passer par le moule fantasque de ses comédiens. Si la pièce commence avec la prestation du filiforme Wataru Omura, chargé d’incarner un narrateur identifié à Kamisato, c’est en mêlant une parole fluviale à un jeu corporel particulier. En effet, le comédien, arrivant sur scène avec ses deux complices, adopte une posture proche du burlesque, pour ne pas dire de comédien de cirque : grand sourire toutes dents dehors, avec, à l’appui de cette exagération histrionique, des larges mouvements saccadés des bras. Une vraie marionnette agitée par quelques fils invisibles.

 

 Les différentes attitudes des comédiens sont ainsi fondées sur des décalages : à l’expressivité bouffonne assumée par Omura s’oppose le jeu masqué de Masahiko Ono, dans le rôle de Seki Sano, considéré comme le père du théâtre mexicain. Quand celui-ci, plus tard dans la pièce, tombe son masque, c’est pour finalement resté figé dans une attitude d’attente. Manière d’inverser les positions, entre l’animation mécanique déshumanisée et la fixité humaine médusée. Quand à Mari Odama, longtemps plongée dans un retrait muet, rompue, telle une poupée sans ressorts, à des gestes minimalistes par terre, elle arrive enfin à insuffler, dans un long monologue, un peu de vie à son personnage.

 

Si la mise en scène se prévaut d'un dépouillement minimaliste, elle n'en contient pas moins une allure vivifiante pour l’œil, ne serait-ce que par les couleurs qui y sont disposées (longues bandes au sol, comédiens portant des vêtements colorés). Moins une référence pop qu'un hommage aux couleurs du Pérou originaire de Yudai Kamisato. Dommage peut-être que ce scintillement coloré n’entraîne pas la pièce vers une dynamique plus affirmée. Au contraire, le langage, passeur essentiel du rêve pour Yudai Kamisato, emplit de plus en plus l'espace sonore. Façon de dévider le fil de l'imaginaire tout en gardant, coûte que coûte, un pied dans le réel et la lucidité.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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