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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 21:39

 

© Christophe Raynaud De Lage

 

 

Il faut beaucoup aimer les hommes

 

D'après le texte de Marie Darrieussecq

 

Par le collectif Das Plateau

 

Mise en scène et réalisation Céleste Germe

 

Avec Cyril Gueï, Maëlys Ricordeau

 

 

 La littérature est une source infinie pour le théâtre, et les écrivains de théâtre contemporain ont du souci à se faire quand on voit, une fois de plus, à quelle source les metteurs en scène vont puiser leur inspiration. Si un Julien Gosselin s'est attelé à une œuvre monstre ("2666" de Roberto Bolaño et ses 1300 pages), le collectif Das Plateau s'appuie sur un texte récent de Marie Darrieussecq, au beau titre inspiré par Duras, pour tisser une mise en scène à entrée multiple.

 

 Une approche peu évidente quand on sait que le roman de Marie Darrieussecq, tout entier orienté sur un récit intimiste, inscrit en son centre une femme blanche, Solange, éprise d'un réalisateur noir, Kouhesso, obsédé par l'adaptation de "Au cœur des ténèbres" de Joseph Conrad. Deux personnages, mais surtout une relation transmise par une seule voix. Et quand commence le spectacle, on est un peu surpris, dans un espace tel celui du Théâtre Ouvert, si éloigné de toute grandiloquence, de voir un corps de femme arriver progressivement, comme si elle arrivait du fond d'un abîme, totalement envahie par une lumière.

 

 Cette entrée en matière dure, amplifiée par une musique puissante, donne au fond le ton de l'approche du collectif : faire jouer plusieurs éléments autour du texte. Il faut dire que le collectif, constitué de quatre membres (une architecte, un auteur, un compositeur et une comédienne), donne l'impression, à travers cette pièce de jouer toutes les cartes qu'il a à disposition, au risque de de laisser un sentiment d'emballage. Difficile par exemple de trouver un intérêt à cette musique (a capella ou instrumental) qui, si elle n'illustre aucunement la pièce sur un mode cinématographique, s'avère envahissante.

 

 Pourtant, malgré ce parti-pris visuel et sonore, "Il faut beaucoup aimer les hommes" ne met pas le texte au seconde plan. Bien au contraire. Les phrases de Marie Darrieussecq sont bien présentes, très présentes, que ce soit dans la bouche des comédiens qu'en voix-off. Cette présence traduit certainement l’intérêt que Das Plateau lui accorde. Mais précisément, cela aboutit à un déséquilibre entre son incarnation par les comédiens et la narration. Si Maëlys Ricordeau et Cyril Guei arrivent à tirer leur épingle du jeu (elle, sur un mode sensible, attentif, lui, habité, notamment dans son évocation habitée du roman de Conrad qu'il souhaite adapter), la pièce finit par s'étirer inutilement, ponctuée d'assez longues plages immobiles.

 

Surtout, la place des comédiens, placés dans cet écrin décoratif voyant, finit par s'amenuiser, rendant la pièce interminable (2h25). Reste cette échappée en Afrique, représentée par cette vidéo laissant planer un rythme indolent, comme calée sur l'écoulement d'un fleuve. Musique, bruits de la nature y résonnent doucement, comme une façon d'inscrire l'écart entre les personnages dans une dernière langueur impalpable.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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