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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 21:52

 

 

 

F(l)ammes

 

Texte et mise en scène de Ahmed Madani

 

Avec Anissa Aou, Ludivine Bah, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye, Inès Zahoré

 

 

 Trois ans après "Illuminations", présenté à la Maison des Métallos, Ahmed Madani revient dans les mêmes lieux pour continuer, à travers son nouveau titre, à filer la métaphore de la lumière. En faisant évoluer dans l'un, des jeunes hommes du quartier sensible du Val-Fourré, et dans l'autre des jeunes femmes des quartiers populaires, le but clairement affiché de Madani est de rendre la voix à des populations pour qui la représentation sur des scènes de théâtre reste marginale. Madani veut braquer sur eux une lumière qui, comme avec les plaques photographiques, vise à les révéler.

 

 Si la mise en scène de "F(l)ammes" est en soi moins riche que celle de "Illuminations", (on y retrouvait un jeu sur le temps, une allure obsessionnelle virant à l'incantation), l'engagement des jeunes comédiennes n'en est pas moins stimulant ici. Cette richesse, elle tient pour beaucoup à la variété des caractères, des origines mises en présence et, tout particulièrement, des corps. De grande filiforme à petite potelée, de celle, robuste malgré sa petite taille, pratiquant le karaté (lors d'une désopilante séquence d'auto-défense) à celle qui arrive voilée ou chauve, la variété des visages et des tenues est large.

 

 La force de "F(l)ammes" est d'envisager le jeu des jeunes femmes dans leur puissance d'apparition. Un dispositif simple amène, au début de la pièce chaque jeune femme à avancer vers le devant de la scène, pour se poster devant un micro et se raconter. Récits souvent liés à la relation aux parents immigrés, par rapport auxquels il est question de peurs ou de défis (une femme qui appelle souvent sa fille pour se rassurer qu'elle va bien, ou un conflit virant presque à la lutte physique entre un père et sa fille).

 

 "F(l)ammes" (beau titre qui, par son graphisme, dédouble la figure féminine, entre singularité et multiplicité), c'est aussi une surprise lié au caractère hybride des expériences, des allures : quand une jeune algérienne, dans un premier temps, arrive les cheveux noués, on la voit revenir plus tard avec une invraisemblable touffe. Le cheveux, véritable nœud gordien de la différence, présenté sous toutes ses formes, entre absence (une chauve), perruque, et voilage. Hybridation encore avec cette jeune femme noire, habile au chant, et vêtue à la manière des cosplay japonais. Le chant qui, par par ailleurs, révèle les qualités vocales de certaines d’entre elles.

 

 Ahmed Madani réussit par ailleurs à tempérer ce dispositif initial de témoignage en baignant progressivement ses comédiennes dans une ambiance de comédie musicale. C'est principalement par ce biais qu'il unifie les corps et les caractères, et le spectacle aurait presque pu s'arrêter au moment où elles forment une seule entité, comme agrégées les unes contre les autres, enrobées d'une lumière tamisée (le public, d'ailleurs, par ses applaudissements, croit alors à une fin). Petit problème d'unité dramaturgique, mais qui n'atténue en rien la portée de "F(l)ammes" et surtout n'enraye pas son principe fécond : faire que les vies exposées devant nous dispensent une lumière durable

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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