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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 19:21

 

 

 

 

 

La fiancée de Glomdal (1925)

 

Film de Carl Theodor Dreyer

 

Avec Einar Sissener, Harald Stormoen, Alfhild Stormoen

 

 

Bien moins connu que d'autres œuvres de Dreyer (comme "Pages arrachées au livre de Satan", qui le précède, ou "Vampyr"), "La fiancée de Glomdal" est pourtant un film majeur du cinéaste danois. Tourné en Norvège, sa façon d'exalter la nature, en des plans souvent magnifiques, le rend absolument fascinant.

 

Pourtant Dreyer, dont on saura plus tard à quel point il est un cinéaste du visage (La passion de Jeanne d'Arc) et de la proximité des corps, est loin de livrer un film contemplatif, où seule la nature aurait droit de cité à ses yeux. La force inouïe de son film repose sur un équilibre entre précisément ses plans en extérieur et la façon dont il y inscrit ses personnages, sans jamais quitter le principe essentiel du scénario : "La fiancée de Glomdal" est avant tout un film intimiste, concentré autour de quelques personnages, au centre desquels figurent Berit, la fille d'un hobereau entêté, et de Tore, fils de paysans pauvres. Tous les deux, attirés l'un par l'autre voient leur désir contrarié lorsque le père de Berit souhaite la marier à un parti plus intéressant.

 

Cette histoire, qui semble éternelle, avec notamment ses résonances shakespeariennes (Roméo et Juliette), prend ici une tournure puissante par la manière qu'a Dreyer d'opérer des allers et retour entre scènes intérieures et paysages majestueux. L'expression des visages, jamais exagérés, rend avec force le sentiment des protagonistes, et le refus obstiné de Berit de suivre les souhaits de son père sont restitués avec beaucoup de conviction par la comédienne.

 

Cette attention aux corps, aux visages, patiemment érigée par Dreyer, prend un volume considérable lorsqu'il les projette dans la nature, tour à tour porteuse de leur sentiment, comme elle peut se montrer un obstacle à l'union des amants. "La fiancée de Glomdal" regorge ainsi de scènes sublimes, dont la plus belle reste sans doute, sur un mode intime, le ravissement de Berit assise dans la végétation. Là, le corps fusionne littéralement avec l'environnement naturel : lorsqu'un vent léger fait mouvoir les brindilles, Berit opère avec son corps un léger mouvement de balancier, en une coïncidence totale avec ce qui vit autour d'elle. En convalescence chez Tore après sa chute de cheval lors de sa fuite, cette harmonie reflète sa tranquillité retrouvée.

 

Cette impression de correspondance entre l'homme et la nature, c'est encore lors de la superbe scène de danse qu'elle se manifeste : une ronde en pleine nature, la circularité s'envisageant comme un moment d'épanouissement et d'équilibre profond. Moment idyllique, que rien ne semble pouvoir interrompre.

 

Pourtant, le morceau de bravoure du film (séquence véritablement ahurissante) va s'appliquer à défaire ce bel équilibre, en un époustouflant suspens. Alors que Tore doit traverser en bateau une rivière pour rejoindre Berit, Gjermund, à qui le père de la jeune femme le destinait, sabote cette possibilité. S'ensuit cette séquence d'une intensité rare où un cheval est envoyé seul, traversant le fleuve vers Tore. Le plan, sublime, film l'animal en plongée, comme si, littéralement, un œil divin, l'accompagnait et le portait vers l'autre rive. Quand Tore l'enfourche pour finalement tomber dans le fleuve, c'est à une longue dérive à laquelle il est soumis, son corps étant emporté par la puissance du courant. Une séquence d'une étonnante longueur, qui renverse ce principe d'équilibre manifesté aussi bien par une ronde que par une harmonie des êtres avec la nature. La dérive impétueuse de Tore dans le fleuve, c'est en quelque sorte l'emballement du montage de Dreyer si serein auparavant, mais qui n'hésite pas à jeter ses personnages dans les remous de son histoire ô combien vibrante.

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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