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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 22:37

 

Polyphonies et danses des Wagogo

 

Clan Nyati du village de Nzali

 

 

  On sait combien l'Afrique Noire regorge de traditions musicales parmi les plus séduisantes au monde. Les polyphonies vocales font partie des plus représentatives. Sans doute la plus connue du grand public – parce qu'associée à leur singularité physique – reste celle des Pygmées. Avec les Wagogo de Tanzanie, on découvre, dans un espace ô combien approprié (le musée Dapper), la prégnance de cette forme vocale.

 

 

 Pourtant, avec l'arrivée des musiciens, c'est peut-être moins leur chant proprement dit qui frappe de prime abord que leur présence physique : magnifiques vêtements, légère peinture autour du visage, plumeaux sur le haut du corps, à hauteur du visage. Et quand, d'emblée, tout cela se met en branle, les danses des Wagogo, forcément dynamiques, d'une folle expressivité, enchantent. Dans la première partie, à la disposition soigneuse, les hommes, derrière, portent au pied droit des grelots (à la manière des danses indiennes) avec lesquels ils produisent, en frappant le sol, une rythmique énergique. Dans la main, ils tiennent des bâtons, et tels des bergers qui auraient converti leur outil en instrument, les font virevolter en l'air.

 

 Avec les Wagogo, on a affaire à un spectacle total, car tout va de pair. Dans cette courte représentation (1h15), s'il y a un aspect proscrit, c'est bien l'immobilité. Chanter équivaut forcément à danser. Quand un musicien entre seul sur scène avec une vièle, son jeu virtuose, mâtiné de quelques clin-d’œil complices, c'est pour parcourir la salle et, tel un barde, attirer l'attention du public. Dans cette relation au public, d'ailleurs, il ne faut pas voir une quelconque séduction, puisque, comme le rappelle Pierre Bois, la transposition au musée Dapper est telle que pratiquée dans les villages. On aurait en effet pu croire à une spontanéité souriante un peu fabriquée, mais force est de croire que les très beaux sourires des femmes – qu'elles chantent ou dansent – sont une marque d'authenticité culturelle.

 

 Les femmes qui, par ailleurs, offrent littéralement le morceau de bravoure du spectacle dans une belle séquence avec les percussions (n'goma). Chez les Wagogo, elles sont les seules à en jouer. Tandis qu'une ligne de femmes à l'arrière frappent sur des petites percussions produisant un son sec, assurant une rythmique continue, plusieurs se mettent à l'avant, coinçant leur tambour entre les jambes et émettent des frappes vives soutenues tout chantant, sourire aux lèvres, bien sur. L'une des caractéristiques de jeu est d'opérer avec des mouvements des bras dans le vide avant ou après chaque frappe.

 

 Étonnant encore cet autre instrument joué par deux femmes, dans une forme allongée, ressemblant à un fond de petit bateau, qu'elles posent sur le sol. Les sons sont produits avec des bâtons qu'elles frottent sur le dos. Génie africain consistant à élever au rang d'art des gestes proches du quotidien : ce geste musical, au fond, n'est pas très éloigné de celui qui consiste à piler du mil. C'est sans doute ce qu'il y a de plus fort dans cette multiplicité d'approches de la tradition des Wagogo : que le rappel de la terre évoqué dans chaque posture nous porte sans cesse vers des dimensions supérieures.

 

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