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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 14:46

 

 

 

DFS

 

Conception de Cecilia Bengolea, François Chaignaud

 

Avec Cecilia Bengolea, Damion BG Dancer, François Chaignaud, Valeria Lanzara, Joan Mendy, Erika Miyauchi, Shihya Peng

 

 

On sait la possibilité, pour la danse contemporaine, de se laisser traverser par d'autres projets artistiques. Le recours aux arts plastiques, aux amateurs, à des comédiens absolument pas rompu aux pratiques dansées, permettent de lui insuffler une nouvelle vie. "DFS", conçu par François Chaignaud et Cecilia Bengolea, s'inscrit dans cette volonté de reviviscence. On ne s'attendait pourtant pas à tomber sur ce spectacle, qui, un bon moment, a donné l'impression de participer à une soirée de boite de nuit. Est-ce à dire que l'intention des artistes est ratée ou laisse de marbre. Pas exactement.

 

Car lorsque débute "DFS", on croit se retrouver dans la cette ambiance propre à certaines formes de radicalité théâtrale, plus particulièrement chorégraphique : une scène à peine éclairée, des corps entrant peu à peu sur scène, évoluant dans une pénombre fantomatique, les mouvements se dessinant à peine. Et puis, il y a ces voix : du Guillaume de Machaut, poète et musicien du XIVème siècle, grand maître de la polyphonie. En soi, un trouble naît très vite ce ces voix qui s'élèvent, puisqu'on comprend assez vite qu'elles émanent des danseurs. Une distorsion est créé entre ces corps présents et ces voix, dont on ne perçoit pas la source d'émission.

 

Bientôt, pourtant, alors que ce chant ancien envahit le plateau, créant une aura hypnotique, la danse prend ses quartiers. Mais une danse plus remuante, urbaine, le Dancehall, qui intègre autant la notion de mouvement que de party. Héritée du reggae, elle en est la version décomplexée, axée sur une dynamique effrénée, débarrassée de spiritualité. Une danse qui s'est propagée comme une déferlante, au point d'avoir une influence majeure sur d'autres formes occidentales.

 

Si, pendant une grande partie de "DFS", on a l'impression d'assister à une simple session de Dancehall - de quoi laisser sceptiques les tenants de la danse contemporaine -, ce sont les chemins dérivés empruntés par Cecilia Bengolea et François Chaignaud qui retiennent l'attention. Elle, en épousant totalement cette forme, rendant comme de l'africanisation de certains mouvements du postérieur, short ultra-court à l'appui ; lui, tel un lutin loufoque, la tête recouvert d'un bonnet, vêtement multicolore, se lance dans ses mouvements aériens, donnant au Dancehall une allure de légèreté réjouissante.

 

Indépendamment de l'intrication entre musique urbaine et polyphonies de Guillaume de Machaut (ou géorgiennes), c'est lorsque les corps de ces spécialistes du Dancehall sont investis par des techniques issus de la danse classique qu'un vrai trouble s'installe, en forme d'abolition des frontières de la danse : les voir danser sur des pointes, sans atteinte de leur virtuosité, trahit une capacité des corps à traverser les champs d'appartenance pour opérer une suture à priori improbable. C'est par là que cette fusion des formes chorégraphiques rend "DFS" in fine intéressant.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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