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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 23:40

 

 

 

Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan

 

Conception et performance : Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenberghe. 

 

Chorégraphie : Lisbeth Gruwez

 

 

 On aimerait savoir, à la suite du retentissant événement ayant couronné Bob Dylan au firmament de la littérature, ce qu'en pense Lisbeth Gruwez, elle qui a articulé son spectacle de danse autour du célèbre chanteur. Sobrement intitulé "Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan", il avait tout pour susciter un intérêt accru. Force est de constater que cette approche, pour le moins intimiste et personnel, échappe aux conjectures immédiates, à toute récupération liée à l'actualité.

 

 Il suffit pour cela de prendre la position de Maarten Van Cauwenberghe : juché sur une chaise, devant ce qui pourrait s'apparenter à une table de mixage, mais dont le terme est forcément impropre, tout simplement parce les disques vinyles qu'il manipule renvoient à une pratique désormais ancienne. Le voir, après chaque morceau joué, insérer les disques dans leur pochette et les déposer sur le côté – l’œil curieux du spectateur tentant d'en déchiffrer les titres, repérer les images – relève un peu d'une posture référentielle, mais bien vivante.

 

 On a, par là, l'impression d'assister à une vraie session, un peu secrète, auquel on serait conviés, et l'adresse initiale de Lisbeth Gruwez au public ("tout va bien ?"), s'excusant du retard, renforce ce sentiment d'être un peu hors du temps (de l'actualité, précisément) pour assister à un pur moment de partage. Cette décontraction là, cette complicité, renforcées par la tranquillité avec laquelle Van Cauwenberghe s'adonne au plaisir de fumer, distille un bien-être auquel il est difficile de résister.

 

 Quand, au départ de "Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan", la chorégraphe donne le là, en demandant à son complice de lancer le premier morceau, la façon dont son corps, au premières notes, se ploie, est réellement saisissante : véritable affaissement, lent, bras ballants, telle une poupée sans ressorts. Une position évoquant un corps se débarrassant de tout ce qui l'encombre pour se laisser traverser par les virtualités de la musique.

 

 Il s'agit moins pour Lisbeth Gruwez, dans cette dé-prise, de se caler sur les rythmes, les variations de la musique et de la voix si caractéristiques de Bob Dylan que de faire de son corps un langage investi par tous les possibles. On ne trouve pas ici l'intentionnalité d'une Anne Teresa De Keersmaeker cherchant une équivalence chorégraphique par des gestes adaptés. Au contraire, ici, les plus beaux moments arrivent lorsque les mouvements se font soit dans une répétitivité tendue des bras, où lorsque la danseuse tourne longuement sur elle-même. Le plus beau reste cette longue séquence où Lisbeth Gruwez, au sol, se laisse aller à un lent déplacement de son corps, jusqu'à de souples glissades sur les genoux ; le tout éclairé par Maarten Van Cauwenberghe, qui, pour l'occasion, a décroché un spot pour la suivre dans ses moindres mouvements.

 

Si la danse de Lisbeth Gruwez n'épouse en rien les linéaments de la musique de Dylan, elle en restitue néanmoins les parties, chaque nouveau morceau étant propice à une pause, un aparté avec le public ou Maarten Van Cauwenberghe. Structuré globalement comme un concert, "Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan" place la chorégraphe dans un rapport dépassant celui de la danse pure, puisque qu'elle s'adresse au public et à son compère au fond comme le ferait une chanteuse. Ni mimétisme, ni fétichisme, ce rapport étroit à Dylan, intense mais pourtant décalé, fait tout le prix de ce spectacle.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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