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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 21:52

 

Photo : Jean-Pierre Estournet

 

Forbidden di Sporgersi

 

Conception de Pierre Meunier et Marguerite Bordat

 

Adapté de "Algoritme Eponyme", de Babouillec

 

Avec Freddy Kunze, Pierre Meunier, Satchie Noro, Jean-François Pauvros

 

 

 

 De Babouillec, jeune femme autiste dépourvue d'expression verbale, le public a pris connaissance avec "Dernières nouvelles du cosmos", le documentaire de Julie Bertucelli. Œuvre sensible, axée sur une pleine présence de la jeune femme, dont on pouvait cependant regretter que l'intention artistique n'élargissait pas la perspective sur un champ historique. On comprend cependant que Julie Bertucelli ait cherché à éviter l'écueil d'une approche savante, psychiatrique, notamment en évacuant toute idée de responsabilité parentale (abandon, manque d'affection), qui a été, un temps, l'un des grands motifs expliquant la survenue de l'autisme. Ici, on peut d'ailleurs que rester impressionnés par le rôle de la mère, elle qui a orienté sa fille vers le rire.

 

 Qu'une jeune autiste puisse produire, simplement en rassemblant des lettres, une densité poétique indéniable, nous confronte à une sorte d'énigme. Que ce soit avec "Dernières nouvelles du cosmos" ou "Forbidden di Sporgersi", cette énigme ne sera pas levée et le dialogue que Pierre Meunier instaurait avec Babouillec dans le documentaire autour de son texte (en marquant sa qualité littéraire) est, sur scène, totalement évacué au profit d'un pur agencement scénique.

 

 C'est l’intérêt principal de "Forbidden di Sporgesi" que de ne pas fétichiser le texte de Babouillec (Algoritme Eponyme). Pendant l'heure et demi que dure le spectacle, celui-ci occupe, au fond, peu de place. On ne cherche même pas à savoir s'il y a coupes, déplacements dans ses parties. Tout simplement, il est prix dans un flux théâtral, fondu dans la matière dramatique. Il suffit, après un long prologue, de voir la façon dont Pierre Meunier, devant un micro, cherche à dire le texte, pour comprendre qu'il ne sera pas question ici de lyrisme ou de méditation : la machine théâtrale faite de dispositif d'objets, est déjà en branle, pour ne plus s'arrêter, contrariant la continuité de toute parole.

 

 Véritable bric-à-brac performatif, "Forbidden di Sporgersi" témoigne d'une démarche axée sur la la mise en place de machines, d'objets, en créant une dynamique ou le son son prend une grande part. Un art assez musical, lorgnant du côté de la musique concrète (il faut voir le son produit par l'ensemble de ventilateurs). Jeu d'équilibristes, tout autant, quand on voit les compères (dans leur blouse blanche leur donnant l'allure de laborantins) s'adonner tour à tour à des exercices improbables (Meunier couché au dessous de barres lui tombant dessus, les lettre géantes disposées au centre de la scène).

 

 Dans cet univers tranquillement déjanté, Satchie Noro, danseuse et chorégraphe, rompue aux arts du Cirque, apporte une souplesse physique bienvenue au spectacle. Qu'elle s'empare d'un monceau de fil de fer avec lequel elle entame une lutte dansée, ou qu'elle évolue sur des tubes, telle une funambule, elle réussit à installer une douce rêverie. Et lorsque, derrière une structure transparente, elle reproduit la méthode de Babouillec pour assembler ses mots, c'est une magie digne d'un Méliès qu'elle convoque. Ces mots qu'on croyait dissous dans cette animation folle des objets, ils prennent alors une toute autre dimension, entre apparition sereine et force d'évocation.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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