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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 21:35

 

 

 

More more more... future

 

Spectacle de Faustin Linyekula

 

Avec Jeannot Kumbonyeki, Papy Ebotani, Faustin Linyekula & les musiciens Patou "Tempête" Kayembe, Pépé Le Coq, Pasnas Mafutala, Zing Kapaya & Pati Basima

 

 

 Avec le chorégraphe Faustin Linyekula, on a quasiment l'assurance qu'au cœur de certains de ses spectacles, il sera question de déplacement, de mouvement, d'hybridation. Deux de ses œuvres phares, "Le cargo" et "Drums and digging" mettaient au centre de leur thématique la question du retour : celui, sur un mode autobiographique du retour de Linyekula à Obilo, le village de son enfance. Dans "Drums and digging" il s'agissait plu particulièrement de retrouver son maître de percussions devenu pasteur d'une église évangélique.

 

 Dans "More more more...future", la trajectoire est inversée. En fonction de la manière dont se présentent les danseurs (parés d'une habit saugrenu évoquant les tenues de cérémonies traditionnelles), il s'agit ici d'aller à la rencontre d'une dimension purement urbaine, à l'éclectisme avéré, où les sons se mêlent, s'entrechoquent pour, in fine, tresser une relation totalement hybride. Linyekula et ses deux complices danseurs se livrent ainsi à une sorte de performance digne de ces cérémonies africaines débouchant sur la transe. Corps tout en tension, mouvements débridés autant qu’incontrôlés, s'achevant parfois par des chutes, les jambes en l'air, en des postures burlesques.

 

 En contrepoint, deux chanteurs narrateurs se tiennent sur le devant de la scène pour prendre en charge un récit : en référence au titre, il y est question d'utopie liée au futur, et le programme, énoncé au début du spectacle, invite ni plus ni moins qu'à la "déconstruction des cosmogonies" . Cela peut paraître grandiloquent, mais cette partition poétique est toujours mise à mal par les protagonistes qui, grâce les mouvements de leurs corps, ainsi que par les cris, font basculer le spectacle du côté d'un déchaînement libérateur.

 

 Si, à mesure qu'il avance "More more more future" devient de plus en plus survolté, c'est à la musique qu'il le doit. De fameux musiciens congolais accompagnent ainsi les danseurs, imprimant de manière constante le rythme dans lequel ils se meuvent. Un batteur, un bassiste, mais surtout le guitariste qui, engoncé dans son habit rouge scintillant, délivre des riffs saturés. Mais on reconnaît aussi son jeu subtil car, son pied actionnant un changement de registre, il parvient à distiller des notes acoustiques soyeuses, tamisées, parfois à peine audibles.

 

 Tout cet environnement sonore vise à restituer l'ambiance du ndombolo, sorte de rumba congolaise, qui a rendu torrides les nuits dansantes de Kinshasa. Cris, paroles, font partie de ses fondamentaux. Et si "More more more...future" est en quelque sorte un hymne à cette effervescence urbaine, le spectacle n'oublie jamais, jusqu'à la fin, le dialogue avec le style traditionnel. C'est ainsi qu'on assiste à ce qui est sans doute la plus belle partie de la pièce : musiciens, orateurs et danseurs se regroupent sur le fond de la scène, à gauche (un écart donnant un caractère intimiste à ce moment) et entame, sous forme de ronde, des chants a cappella, frappant dans les mains, chacun venant au milieu exécuter une danse, envisagé comme un passage de séduction. On ne peut s'empêcher alors de penser à certaines expressions sud-africaines dans ces chants et ces danses. Et dans ce moment d'unification des corps, de pacification ludique, "More more more... future", en plus d'être une œuvre tonitruante, sans concession, laisse planer une belle nostalgie des origines.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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