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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 12:28

 

     Photo © Calypso Baquey

 

 

MayDay

 

Texte de Dorothée Zumstein

 

Mise en scène de Julie Duclos

 

Avec Maëlia Gentil, Vanessa Larré, Marie Matheron, Alix Riemer, Bino Sauitzvy

 

 

 "MayDay", pièce de Dorothée Zumstein – dont le titre original est "Big Blue Eyes" – s'inspire d'un fait divers glaçant : l'assassinat, en Angleterre, de deux petits garçons par une fillette de... 11 ans. Matière horrifique que l'auteure a abordé d'une manière indirecte : la découverte d'un texte d'une journaliste interviewant bien plus tard la meurtrière. L'adaptation théâtrale qu'en livre Julie Duclos, loin de tout misérabilisme social, va dans le sens d'une pièce ne cherchant pas à donner une interprétation, tout juste, par une remontée dans le temps, à livrer des figures de femmes. Compte à rebours qui fait jaillir des vérités, mais qui ne viennent aucunement sceller le sens.

 

 A l'image du dispositif théâtral, la pièce est un champ de ruine : un bâtiment délabré, propice à y faire advenir des fantômes, dans un recoin, par derrière, sur le toit. Quand la pièce commence par l'interview d'une Mary Bell (qui demande à être appelée Mary Burns), on croit pendant un moment que cette partie, soigneusement préparée (mise en place de lumières, disposition de micros) sera le principe narratif de la pièce. Il n'en est rien. "MayDay" procède constamment à des basculements, aussi bien scéniques que temporels. Rien n'y est stable, et à l'image de ces corps traversant ce bâtiment dans tous les sens, les significations se dérobent, pour laisser la place à des moments singuliers où des femmes se racontent.

 

 C'est d'abord le récit de la Mary de 11 ans qui nous est livré en premier. Le rôle est jouée par Alix Riemer, jeune comédienne qui se coule dans ce personnage avec une sorte de malice souriante, rendant à l'horreur de son récit une légèreté insouciante. Sa mère, jouée par Maëlia Gentil, est représentée en une silhouette fine, fugitive, qui traverse la scène d'autant plus comme une ombre qu'on la sent souvent en partance, et en proie à des phases de violence liées au rejet de son enfant (une scène hors-champ où elle noie sa fille).

 

 De la fille jusqu'à la grand-mère – brièvement incarnée par Vanessa Larré, c'est autant de voix qui résonnent sur la scène du Théâtre de la Colline. Voix amplifiées qui de celle, grave, de Marie Matheron (la Mary âgée), jusqu'à celle de Vanessa Larré dessinent des strates individuelles diffractées dans le temps. Une voix off, régulièrement, vient renforcer cette impression de flottement, créer une distance par rapport à cette série de confessions.

 

 La mise en scène de Julie Duclos, face à cette diversité des figures, accentue l'impression de multiplicité en utilisant une scénographie très changeante, avec une présence marquée de la vidéo (sur un écran apparaissent des visages en gros plans, ainsi que le corps figé de la mère, filmée juste avant par un cameraman alors qu'elle était au sol). La mise en scène, créant une mobilité constante, produit des ruptures de tonalité au point de laisser une impression de décousu. Cela n'empêche pourtant pas "MayDay", grâce au jeu des comédiennes, de garder une profondeur insistante ; celle des thèmes graves filtrés par l'exigence individuelle en quête d'expression de vérité.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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