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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 23:10

 

   photo © Élizabeth Carecchio

 

 

Un amour impossible

 

D'après le roman de Christine Angot. Adaptation de l'auteur

 

Mise en scène de Célie Pauthe

 

Avec Maria de Medeiros et Bulle Ogier

 

 

 A bien des égards, "Un amour impossible", dans la mise en scène de Célie Pauthe, laisse, dès son entame, une impression mitigée. Le sentiment que quelque chose ne prend pas. Est-ce dû à un départ où l'apparition des deux comédiennes, dans une pénombre insistante, au lieu d'affirmer une présence (par une volonté de les arracher à la nuit de l'oubli), les maintient dans une relégation persistante.

 

 On comprend bien que le mouvement conduisant les deux comédiennes l'une vers l'autre, en traversant la scène, dans une allure fantomatique, est destiné à creuser ce temps suspendu pour les faire advenir peu à peu l'une à l'autre. Malgré cela, on n'entre pas de plein pied dans le spectacle. D'autant plus que, peu après la projection d'une vidéo montrant Bulle Ogier, on bascule dans une autre temporalité, celle de l'enfance, avec une chanson de Dalida, sur laquelle elles se mettent à danser. Tant la vidéo, dans la simplicité de son dispositif, que la musique, au choix osé, peinent à incarner la modernité en terme de mise en scène.

 

 On craint donc d'emblée un naufrage, d'autant plus que le texte, fondé sur des répétitions, lié à une oralité hoquetante (une caractéristique de l'esthétique de Christine Angot) ne permet pas vraiment de s'y accrocher. Mais pourtant, petit à petit, à mesure qu'un temps de parole plus long s'installe, que le dialogue s'instaure véritablement entre la mère et la fille (cimentée par la question du père, dont l'évocation vient cisailler toute quiétude entre les femmes), la matière théâtrale commence à se densifier. Surtout c'est le saut dans le temps, renvoyant les deux comédiennes à un âge antérieur, qui crée un véritable trouble dans le spectacle.

 

 Restitution à la fois bancale (on imagine mal Bulle Ogier en jeune mère), instillant un sentiment d'inaccompli, mais contribuant à créer une excitation dans ce choix de mise en scène. En cela, c'est principalement la prestation de Maria de Medeiros en petite fille qui laisse quelque part pantois. Si la voir sautiller au départ ne convainc pas immédiatement, lui attribuer les mots d'un enfant, rapportant ses journées passés avec son père, jusqu'à la révélation horrifique, finit par créer un vrai malaise. Et l'on se prend petit à petit au jeu de cette comédienne, dont les traits depuis au moins l'époque des films de Monteiro, ont toujours évoqué une fraîcheur enfantine, comme issu d'un conte de fée.  De sa silhouette fine, aérienne, elle s'incruste avec justesse dans ce rôle peu évident, lui conférant une aura d'éternité, où le temps ne semble plus avoir prise. Et même si dans la partie explicative, elle paraît plus rigide, ce n'est dû qu'à la profusion d'une parole analytique.

 

 Non pas que Bulle Ogier, dans le rôle de la mère, n'apporterait pas grand chose au spectacle : au contraire, au fil des échanges, des révélations, interrogations de la fille, des pans de silences s'installent, en des ponctuations salutaires. C'est dans ses réponses sobres - son vacillement rendu par quelques gestes discrets - que sa prestation est la plus convaincante. Les deux comédiennes, en s'emparant des mots de Christine Angot, réussissent à porter ce thème si personnel, si douloureux, vers des strates vertigineuses. Elles sont en cela aidées par la mise en scène de Célie Plauthe qui, de sa sobriété de départ, tourne peu à peu au rituel, avec ces techniciens de plateau arrivant sur scène pour enlever ou disposer les objets du quotidien.

 

 Particulièrement belle est la scène où les tables d'un restaurant sont disposées puis les couverts mis : ponctué par une musique d'ambiance souple, le ballet des techniciens, à la rigidité empruntée, vire à la posture incantatoire, à la manière du Joël Pommerat de l'époque de "Au monde". Grâce à ces mouvements scéniques, "Un amour impossible" s'arrache définitivement à l'étroitesse d'un échange étouffant pour ouvrir sur des horizons d'universelle étrangeté.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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