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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 12:08

 

 

 

Yourself and yours

 

Film de Hong Sang-soo

 

Avec Kim Joo-hyuck, Lee You-young, Kwon Hae-hyo

 

 

 Encore et toujours, la rapidité de tournage de Hong Sang-soo, alliée à la légèreté de son dispositif, est un facteur d'interrogation sur la persistance d'une esthétique : à quelle variation aurons nous droit, cette fois-ci ? Entre l'éternelle ritournelle des phases de séduction et les éléments comiques associés à l'usage de l'alcool, cet univers, si bien balisé qu'on s'attend souvent à ne pas être surpris, contient une puissance de renouvellement insoupçonné.

 

 "Yourself and yours" est d'évidence moins drôle que bien des films de Hong Sang-soo. Et pour tout dire, plus grave. Là où Hong surprend, une fois de plus, c'est non pas en évacuant l'un des éléments fondamentaux de son univers (les scènes alcoolisée), mais en l'insérant au contraire au cœur de son intrigue, à travers la figure de Minjung, une jeune femme dépendante à l'alcool, qui a promis à son amoureux de ne pas pas excéder cinq vers par jour.

 

 De cet argument à priori loufoque (le contrôle de soi garant de l'harmonie d'un couple), Hong Sang-soo tisse une trame vertigineuse. Si la question de l'alcool est bien présente dans le film, c'est sous une autre forme que celle des inlassables scènes d'intimité ou de groupe autour d'une table. Elle irrigue le film, mais de façon décalée, transversale, et pour tout dire fantasmatique. Fondée sur une aspiration à la pureté du couple (Youngsoo, peintre séducteur, annonce à un ami qu'il souhaite épouser cette Minjung devenue plus sobre), le film finit par faire éclater son édifice idéaliste à travers le dédoublement de la jeune femme.

 

 Quand, au début du film, Youngsoo apprend par un ami que Minjung aurait été vue en train de boire, on assiste peu après à une scène, au lit, où il éreinte la jeune femme de questions agressives, allant jusqu'à l'insulter (connasse), avant qu'elle ne décide de suspendre leur relation. Cette scène, d'une grande violence verbale, témoigne de la gravité générale de "Yourself and yours" et de son basculement, les instants d'après dans une forme d'errance où il s'agit, pour Youngsoo, perdu, de retrouver son amour.

 

 Le vertige narratif alors à l’œuvre dans le film, mettant en présence Minjung et des hommes certains de l'avoir déjà rencontrée, l'engage dans une strate imaginaire, à coups de rebondissements et de mise en abîme. Ce déploiement de l'imaginaire est d'autant plus fort qu'il opère dans des espaces réduits, à coup de scènes répétitives, en une ritournelle obsessionnelle : plan resserré sur une table où une discrète Minjung tient une canette dans les mains, le bar où des personnes fustigent l'addiction à la boisson de la jeune femme, hors champ. Points spatiaux délivrés à l'infini non pour définir un ancrage à la réalité, mais pour renforcer le vertige d'une impossibilité de la saisir.

 

 Avec les différentes figurent masculines qui peuplent "Yourself and yours", le film de Hong Sang-soo prend des allures de fable. Représentés à la fois comme une synthèse des hommes dans son univers (un cinéaste, un homme d'age mur, un dernier marqué par son impotence physique, comme pour marquer le coup d'arrêt dans la mobilité du désir), ils traversent le film dans une présence un peu irréel, en ce que Minjung leur dénie la réalité de leur rencontre. L'expression du désir, constamment, rencontre une butée par l'amnésie de Minjung, rendant Youngsoo, dans sa claudication, physiquement impuissant et implorant.

 

 Cette Minjung, dont la non reconnaissance des hommes navigue entre espièglerie et calcul malin (l'invocation d'une sœur jumelle) en devient l'un des plus beaux personnages féminins de Hong Sang-soo. Et l’actrice qui l'incarne, Lee Yoo-yung, lui confère une grande sensibilité, mélange de réserve et de douce mélancolie. Grâce à son jeu, "Yourself and yours" se teinte d'un climat en demi-teinte, où la perte des repères devient l'ultime état favorisant toute reconquête.

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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