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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 10:06

 

 

 

Erich Von Stroheim

 

Texte de Christophe Pellet

 

Mise en scène de Stanislas Nordey

 

Avec Emmanuelle Béart, Thomas Gonzalez, Laurent Sauvage (en alternance avec Victor de Oliveira).

 

 

 On aura tôt fait de comprendre que “Eric Von Stroheim”, loin de renvoyer à un quelconque portrait fantasmé du cinéaste et acteur d’origine austro-hongroise, travaille la question du masque, attitude que l’on prêtait à l’extravagant artiste aux productions cinématographiques démesurées. Ne serait-ce qu’avec le personnage joué par Laurent Sauvage, qui n’en finit pas de définir les costumes variés qu’il emprunte dans son activité de prostitué, la pièce définit cette orientation où la dimension ludique (épouser des identités diverses) est constamment adossée à une trivialité empêchant les personnages de révéler leurs désirs les plus profonds.

 

 “Erich Von Stroheim” fait ainsi un éloge du cynisme, loin du romantisme d’un film comme “Jules et Jim”, qui mettait, pareillement, une femme entre deux hommes. Ici, on serait plutôt du côté d’un Fassbinder, avec cette circulation des affects aussi bien entre homme et femme qu’entre deux hommes. Avec cette manière de faire graviter deux hommes autour d’une femme, Pellet donne une primauté surprenante à la figure féminine, quand bien même elle serait elle-même une prostituée. Et c’est Emmanuelle Béart qui enfile les habits noirs de ce personnage, lui conférant une allure souveraine, appuyée par une voix rauque, débarrassée de toute tonalité sensuelle, toujours en mouvement, toujours pressée.

 

 A côté des phrases acides de Laurent Sauvage, Thomas Gonzalez, nu pendant la quasi totalité du spectacle (et ce, bien avant que le spectacle ne commence réellement), réussit à donner une vraie aura à son rôle. Ses déplacements successifs sur la scène, entre déhanchements destinés à attirer le regard de l’autre et agitation crâne, lui confèrent une allure graphique, tel un sujet arraché à un tableau classique.

 

 La rudesse des paroles émaillant une situation peu commune est tempérée par une mise en scène à la scénographie délicate tout en étant décalée, avec ces deux panneaux coulissant régulièrement comme pour métaphoriser une embrassade, tandis que s’élève, telle une ritournelle, un air de “Samson et Dalila”, de Camille Saint-Saens. Apogée lyrique de l’opéra français, son incongruité par rapport à la nature du spectacle se déroulant sous nos yeux, insuffle à celui-ci un élan certain, comme pour renforcer, chez les protagonistes, les plus secrètes espérances.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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Angeline 14/05/2017 21:01

j'aime me promener ici. un bel univers. venez visiter mon blog (cliquez sur pseudo)

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