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24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 17:05

A l'opposé de la vaste fresque historique qu'est "Saigon", Caroline Guiela Nguyen confine le spectateur dans un appartement pour y voir des êtres au bord de la rupture. 

    Photo © Jean-Louis Fernandez

 

Mon grand amour

 

Spectacle de Caroline Guiela Nguyen

 

Avec la Compagnie Les Hommes Approximatifs

 

Avec Luc Bataïni,Madeline James, Alexandre Michel ou Dan Artus (en alternance)
et un comédien non professionnel invité

 

 

 Après le succès de « Saigon », qui continue à tourner, la metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen offre avec « Mon grand amour », un spectacle à priori aux antipodes de la fresque historique déployée précédemment. Là ou les nombreux personnage de « Saigon » se colletaient à une histoire douloureuse, celui-ci, conçu pour être représenté dans un appartement, opère sur un mode mode radicalement plus intimiste.

 

 Pour autant, l'émotion à l’œuvre dans « Saigon », constitutive de son ampleur romanesque, trouve ici un écho palpable, Mais en raison de la proximité des comédiens, celle-ci se trouve ici démultipliée. Mais derrière ces micros histoires, c'est moins la puissance narrative qui prime que la portée des personnages, pris à un moment stratégique de leur trajectoire. Un policier qui a littéralement « pété les plombs » et qui se raccroche à la récupération de son sac, refusant d'accomplir ses deux jours de mise à pied ; un homme en dehors de la réalité semblant à peine réaliser que sa compagne veut la quitter ; un vieil homme attablé le jour de l'anniversaire de sa femme, dont une tasse posée en face de lui témoigne de l'irréductible absence.

 

 « Mon grand amour », dans sa charge émotionnelle, dépeint avec subtilité des moments de bascule, aux limites de la folie, au centre desquels figurent ces trois hommes. Que l'échange se traduise pour le policier à travers d'inlassables coups de fil, ou des réponses décalées lors de l'énumération d'actes à accomplir pour le deuxième homme, la pièce distille ce sentiment d'inquiétude présent déjà dans « Elle brûle », et plus encore dans la pièce suivant de Caroline Guiela Nguyen, « Le chagrin », véritable rituel de conjuration autour de l'absence d'un père, où les personnages se débattaient avec ce manque en s'adonnant à toutes sortes d'actes sans significations évidentes.

 

 « Mon grand amour » met l'accent sur ces dérèglements, engageant les personnages dans la solitude. Si entrer dans l'appartement met le spectateur au cœur d'un dispositif intime, la manière de rendre compte de l'extérieur peut créer un décalage saisissant par rapport à l'atmosphère globale intérieure. Il suffit d'accéder à l'appartement un jour où la pluie commence à tomber pour être surpris par cette lumière solaire, lorsqu'un personnage écarte légèrement un rideau, alors qu'elle est produite, de manière réaliste, par des projecteurs situés sur le balcon.

 

 Entre les différentes parties, censées se dérouler simultanément, Caroline Guiela Nguyen créé des correspondances permettant de fluidifier les passages : quand le policier laisse un paquet de mouchoirs usagés dans un coin de table, la femme arrivant par la suite remet de l'ordre, comme si le désordre était occasionné par l'homme qu'elle quitte. Celui-ci, en quittant la scène, dépose une tasse d'un côté de la table, pour signifier l'absence d'une femme. Cette circulation, discrète mais sensible, suffit à elle seule à distiller une émotion retenue à « Mon grand amour », tout comme la musique, longue nappe sonore lente, contribue à inscrire la pièce dans une durée homogène.

 

Dans le cadre de Paris l'été, jusqu'au 3 août.

 

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