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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 11:03

 

 

 

 

 

 

 

  Ajay Pohankar, chant khyal

 

Abhijit Pohankar harmonium, Sanju Sahai tabla, Christian Ledoux tampura

 

Sur la scène du Théâtre de la Ville - salle des Abbesses, le samedi 2 mars, c'est le même rituel qui se perpétue : d'abord les musiciens viennent s'installer, suivis quelques secondes après par le soliste. On aura auparavant pris soin de se déchausser, rendant au petit espace aménagé, pendant près d'une heure trente, sa qualité de moment de partage intimiste.

 

Pourtant, cet aspect est différé par un incident bénin suscitant une diversion dans la salle : le joueur d'harmonium (cette sorte d'orgue miniature qui a supplanté le sarangi dans l'accompagnement des solistes), n'arrive pas à tirer un son de l'instrument au moment des réglages. Christian Ledoux, conseiller en musique indienne au Théâtre de la Ville, et accompagnateur occasionnel au tampura, en appelle à un homme dans la salle... le propriétaire de l'harmonium, prêté pour l'occasion à Abhijit Pohankar. Celui-ci s'arrache alors à sa position de spectateur pour devenir, le temps d'un réglage ultra-rapide, la vedette de la salle.

 

La diversion passée, on entre très vite dans l'ambiance particulière d'un concert de chant khyal. Comme souvent dans la musique indienne, c'est la dimension spirituelle qui affleure, ne serait-ce que par la préparation minutieuse des intervenants. Ajay Pohankar, une fois assis, avant même de chanter, frappe par sa ressemblance avec Pandit Jasraj, autre grand interprète du chant khyal, déjà présenté au Théâtre de la Ville. Alors qu'il entame son chant, la correspondance devient encore plus frappante.

 

Est-ce cette capacité à faire sourdre du silence un chant si profond qui nous saisit immédiatement ? Cette voix grave, lente, qui se développe en volutes serpentines, a cette capacité à nous hypnotiser littéralement, nous installant dans une atmosphère si loin du quotidien. Nul doute qu'à la manière d'instants méditatifs, cette profondeur n'ait quelque influence sur notre rythme interne. Le corps d'Ajay Pohankar, né en 1948, semble, à force, comme façonné par ce son extirpé du fond de la gorge : épaules rondes, affaissées, comme s'étant repliées vers un invisible espace à force de plonger en lui-même pour en extraire la sève musicale.

 

Dans cet aspect méditatif qui prévaut lors de l'alap (lent développement inaugural), où l'étirement des mots n'a d'égal que leur rareté lexicale, les mains font merveille. On a beau vouloir fermer les yeux, pour s'imprégner de cette atmosphère sereine, on rate quelque chose en ne contemplant pas ce ballet incessant des doigts. Ajay Pohankar s'était pourtant muni, au départ, de son swaramandal (petit cithare dont s'accompagne les chanteurs) ; mais il l'abandonne aussitôt, vraisemblablement parce qu'il a décidé de modifier le mode sur lequel il voulait commencer le concert.

 

C'est tant mieux pour nous : les mains d'Ajay Pohankar complètent la voix, ou tout au moins parachèvent le sens ou l'émotion véhiculés par les paroles. A côté des torsions évocatrices des mouvements des danses classiques, bien souvent, un doigt pointé vers un coin devant lui, vient confirmer la fin d'un cycle rythmique. Ou encore, la paume tournée vers le joueur de tabla, il semble entamer un dialogue avec lui, ou littéralement lui faire don de son chant.

 

Petit à petit, et à mesure que le rythme s'accélère avec l'entrée du tabla - là où l'harmonium imprime par sa sonorité un imperturbable écrin rappelant nos orgues - un élan plus jovial s'installe. Ajay Pohankar révèle son sens de la communication, se tournant vers Christian Ledoux, ponctuant les interventions de ses partenaires de "djavan" (signe d'encouragement). Et même si à un moment il interrompt son premier alap pour régler le tampura ; même s'il ponctue son récital de courtes explications ; qu'une tablette surgisse à la place d'un cahier où seraient défini les modes, l'atmosphère initialement installée n'arrive pas à se déliter. Embarqués comme nous le sommes sur le long canal vocal du chanteur, nous continuons à dériver avec délice.      

 

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