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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 16:10

 

 

 

 

 

 

 

APRES LE SILENCE, ce qui n'est pas dit n'existe pas ?

 

Film documentaire de Vanina Vignal

 

 

 Les premières images de « Après le silence », de Vanina Vignal, donnent le ton de la problématique délicate sur laquelle le film va surfer : séquences tournées dans les années 90 avec une petite caméra prise à son père, révélant une solide amitié - on a envie de dire gémellaire - entre la réalisatrice et Ioana, la roumaine, du temps de Ceausescu. Elles se prennent en photos, elles se font la bise, nez contre nez. Jeunesse et insouciance qui semblent loin de quelque préoccupation politique.

 

 Point d'appui inaugural, terrain d'équilibre, qui va connaître très vite une bascule définitive dans le film, dès lors qu'Ioana passera sous l'emprise de la caméra de la documentariste. D'abord filmée en plan moyen, elle le sera, à mesure que l'interrogatoire avance, essentiellement en gros plan. Plus de possibilité pour elle d'échapper à ce rapt visuel – ni pour le spectateur, d’ailleurs. Ioana est tenue de parler, et l'on sent qu'en filigrane, le moteur de cette injonction à la parole est cette amitié longue de vingt ans.

 

 Des signes discrets témoignent du malaise d'Ioana face à cette caméra à laquelle elle ne peut échapper : la gorge qui s'assèche (elle boit de l'eau), une mauvaise position occasionnant un mal de dos. Elle n'a pas grand chose à dire, et elle le répète, ce qui devrait suffire à infléchir la démarche de Vanina Vignal. La cinéaste a tellement foi dans sa capacité à arracher une vérité à son amie qu'à une question à la coloration pédagogique (« Qu'est-ce que c'est, pour toi, le communisme ? »), elle laisse un long silence s'installer, alors que l'embarras d'Ioana est manifeste.

 

 Entre l'histoire intime de deux femmes et l'Histoire de la Roumanie à travers la chape de plomb du communisme et de Ceausescu, le film peine à trouver un lien, indépendamment de la question du non-dit. Vanina Vignal, en comblant le mutisme d'Ioana par ses commentaires et questions incessantes, n'offre que peu de contrechamps visuels, si ce n’est ces images tournées avec sa petite caméra, même celles qui sont muettes et de mauvaise qualité. Difficile de trouver un quelconque intérêt à ces petits films de vacances, mais surtout de comprendre leur pertinence au regard du sujet traité, malgré la présence du grand-père dans certaines scènes.

 

 Vanina Vignal procède ainsi à l’inverse d’un Wang Bing avec « Fengming, chronique d’une femme chinoise », où l’envahissement de la parole est inversement proportionnel au retrait du cinéaste, qui laisse lui advenir l’évènement. Même un film plus modeste dans ce festival « Self-portrait : at km 47 », voit une jeune femme jeter son corps dans le froid de l’hiver pour se mettre au diapason des vieux qu’elle va interroger. En installant son amie devant sa caméra, Vanina Vignal affirme, contre sa gêne, contre sa position obstinée d'oubli, l'impact du cinéma comme révélateur. Seulement, le manque de distance inéluctablement créé entre la réalisatrice et son amie, la résistance qui pointe de bout en bout chez Ioana, peuvent donner envie aux spectateurs de clamer : « Laissons-là tranquille ».


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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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