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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 16:00

 

   

 

 

 

 

Au fond des bois

 

Film de Benoît Jacquot

 

Avec Isild Le Besco, Nahuel Perez Biscayart, Jérôme Kircher

 

 On dira que pour accepter l'outrance du dernier film de Benoît Jacquot, son approche profondément retorse, il faut se dégager de sa vision immédiate, éprouvante, pour en cerner, avec une distance critique, les enjeux moraux, psychologiques ou esthétiques. Cela passe évidemment par la prise en compte de la collaboration du cinéaste avec son actrice d'élection, Isild Le Besco. Celle-ci, la sixième, est la plus questionnante sur bien des plans. Comme dans "A tout de suite", il s'agit de tout quitter pour suivre un homme. Là, un criminel, ici, un vagabond à l'esprit apparemment simplet doté de pouvoir de magnétisation.

 

 L'intrigue, basée sur un fait réel, donne à Benoît Jacquot l'occasion de mener son actrice fétiche vers des zones par rapport auxquelles ses précédentes prestations paraissent sages. Actrice fétiche ? L'expression, avec la connotation heureuse qu'elle renferme, renvoyant à une collaboration satisfaite et renouvelée, ne laisse pas de susciter quelque interrogation sur sa nature. Dans l'emprise confinant à l'humiliation exercée par le jeune homme sur la jeune femme, d'autres figures féminines nous viennent à l'esprit : Anouk Grinberg dans "Mon homme", de Bertrand Blier, ou Emily Watson dans "Breaking the weaves", de Lars Von Trier. Dans l'un comme dans l'autre, la dégradation de la condition des deux héroïnes n'étonne pas de la part de cinéastes réputés pour leur misogynie.

 

 Quid de Benoît Jacquot et Isild Le Besco ? En tout cas, par rapport aux films cités, une constance pointe : pour dégrader un personnage féminin, il convient de la mettre entre les mains d'un demeuré, d'un clochard, ou d'en faire une prostituée. Au fond, peu au fait des relations Benoît Jacquot-Isild Le Besco, on s'en tiendra au film, tout simplement, pour se rendre compte à quel point il avance sur le terrain d'une ambiguïté feinte, roublarde. Jacquot installe en effet dans "Au fond des bois" des pistes à priori extrêmement balisées pour en fait mieux les déjouer comme, au début ce plan, ô combien voyant, ô combien significatif, d'un équilibre formel parfait, où Isild Le Besco avance avec en arrière plan, une énorme croix. Ses transes mystiques, qui la font adopter des postures somnambuliques, veulent enfoncer le clou en présentant une jeune femme mutique complètement "habitée".

 

 Sauf que les transes en question, prétendument dangereuses, apparaissent contrôlées. Elle est au bord de tout (de la chute, de l'humiliation totale à force d'être violée, d'accusation de consentement). En cela, le premier abusé est bien le jeune benêt fasciné par ses absences. Ne dit-elle pas subitement, à table, qu'elle ne croit pas réellement ? A partir de là, comment, en tant que spectateur ne pas se sentir victime de la manipulation consistant à voir une jeune femme victime d'une jeune homme exerçant un contrôle total sur elle - et nous obliger à être donc de son côté - pour la voir lui sourire dans la scène du procès ? Clin d'oeil destiné à nous faire accepter une foncière ambiguïté chez elle ? Cette blancheur immaculée dans laquelle se termine le film, comme si une bonne douche effaçait la boue recouvrant provisoirement un corps, inspire cette question : tout ça pour ça ?

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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