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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 09:04

 

 

 

 

 

 

 

Pièce de Caterina Sagna

 

Avec Alessandro Bernardeschi, Cécile Loyer, Mauro Paccagnella, Chinatsu Kosakatani

 

 

 On a déjà eu l'occasion de prendre la mesure du style de Caterina Sagna au théâtre de la Bastille, sans trop savoir, en tant que spectateur, ce qui pouvait la distinguer de sa soeur, Carlotta. Elles nous avaient offert en effet, en 2010, un spectacle réjouissant, "Nuda Vita", tout entier articulé autour d'un tressage savoureux de la parole et de l'expression corporelle.

 

 Avec "Bal en Chine", on ne pourra pas plus dire, rétrospectivement, ce qui relève de l'esthétique de l'une où de l'autre. Quid de l'humour ou de la théâtralité qui investit les deux spectacles ? On peut tout au plus subodorer, avec ce spectacle actuel, que la dimension politique (en tout cas l'ancrage explicite dans une réalité contemporaine) est ici accentuée, lisible et limpide. Le texte de présentation de Caterina Sagna dresse par ailleurs une signalétique qui conduit les spectateurs sur des rails de compréhension qu'il ne pourra plus quitter.

 

 Ce n'est donc pas le corps qui signifie ici, mais la parole. Une parole adossée qui plus est à une veine burlesque, déjà présente dans "Nuda Vita". D'entrée de jeu, l'aspect théâtral explose avec la comédienne-danseuse qui, au milieu d'un cercle de chaises, s'adresse à ses voisins. Le sens jaillit d'emblée autour de la question de l'autre, de la fustigation de l'étranger, avec tout le lexique xénophobe autour de thèmes emblématiques, principalement les odeurs, ici.

 

 La diatribe marquerait juste un engagement révolté - et entraînant par là, le public avec soi - si tout cela ne s'accompagnait pas de cette veine foncièrement comique. Les horreurs proférées, au lieu de susciter l'indignation du public, déclenchent au contraire des rires, tant le grossissement comique des traits conforte la dimension grotesque des propos. Et c'est dans le corps même de la danseuse comédienne que l'énergie verbale déployée est redistribuée, en des mouvements tendus, désarticulés, bouffons ; un corps comme pris de tressautements incontrôlables.

 

 Cette pulsation débridée se poursuivra pendant un bon bout de temps, où le délire verbal infuse chaque expression corporelle, où l'intolérable parole, à force de passer par le moule d'un corps qui en réinvente les palpitations, finit par s'en détacher. L'articulation de la pièce change alors : à mesure que la parole reflue, le corps reprend ses droits, la danse proprement dite s'affirme, plus classique (entre beau duo ou échappée individuelle).

 

C'est pourtant là que le bat blesse un peu : on avait été pris dans les rets d'un discours par trop explicite, mais heureusement allégé par sa verve et son énergie. Avec l'abandon de la charge, le spectacle s'ouvre sur d'autres horizons, certes ; mais l'unité finale des protagonistes, l'apaisement collectif résumé par l'intégration de l'autre (mimer le chinois par la langue et l'habillement) prennent une tournure pacificatrice un peu naïve. La causticité déjantée - où corps et langage se divisent - va décidément mieux à Caterina Sagna.

 

A lire aussi :

 

http://attractions-visuelles.over-blog.com/article-nuda-vita-61924087.html

 

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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