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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 12:00

 

 

 

 

 

Ceci n’est pas un film

 

Film de Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb

 

 La confirmation de la condamnation de Jafar Panahi rend d’autant plus précieuse et nécessaire la vision de "Ceci n’est pas un film". Car devant la manière dont les artistes sont de plus en plus soumis à la répression en Iran, ce court film, que l’on peut considérer comme un journal filmé, représente peut-être sa dernière contribution au septième art avant longtemps.

 

 Avec "Ceci n’est pas un film", Jafar Panahi, tout en avouant avec une modestie son impuissance créatrice, remonte, avec le peu de moyens dont il dispose, aux sources de l’interrogation sur le cinéma, sur le sien en particulier. La radicalité du titre, tout en avouant une impossibilité (filmer un scénario déjà écrit), n’empêche pas des questions essentielles de se poser pour un artiste ; et pour Jafar Panahi, la question tourne principalement autour de cette question : "Qu’est-ce que filmer ?".

 

 De prime abord, on pouvait s’attendre à ce que la place du scénario rejoué par Panahi prenne une place plus importante dans ce journal. Pourtant – et c’est ce qui le rend d'autant plus émouvant -, on sent dans cette tentative de donner forme à une histoire par le simple récit, une douleur palpable. L’impression est forte, comme une confirmation de ce qui serait formulé théoriquement, qu’un scénario n’est rien quand sa traduction visuelle n’est pas mise en œuvre. Cela rejoint les extraits de ses films que commente Panahi ("Le cercle" et "Sang et or", ses plus beaux). Ce n’est peut-être pas par hasard qu’au lieu de parler du cinéma comme forme achevée, Panahi note à travers ces extraits les moments qui lui échappent : un mouvement de caméra qui accompagne le déplacement d'une actrice, la prestation d'un comédien amateur débordant les indications du metteur en scène.

 

 Plus éloquent encore, l'étonnant extrait d'une petite fille qui cesse de vouloir faire l'actrice accentue l'impression générale d'une contamination dépressive. Panahi n'a plus la maîtrise de sa situation - il est filmé par  Mojtaba Mirtahmasb, un ami documentariste, qui lui demande de se laisser faire. Cette vacance d'un cinéaste est notamment renforcée par les notations filmées par Mirtahmasb : la liberté d'un iguane qui, lui, envahit tout le champ, jusqu'au corps de Panahi ; un chien apporté par une voisine. Sur le plan sonore, des bruits perçus donnent au départ l'impression que des détonations viennent de l'extérieur, accentuant le caractère tragique de l'actualité iranienne.

 

 A partir du moment où Panahi s'empare d'un téléphone portable pour filmer l'extérieur, on se rend compte que les sons en questions émanent de feu d'artifice. Cela conforte la rupture entre l'intérieur et l'extérieur, tout comme l'envie de Panahi d'affirmer sa veine de cinéaste. Elle prendra toute son ampleur dans la séquence finale - magnifique dans son caractère improvisé - avec l'arrivée d'un étudiant souriant et ébahi par la rencontre avec le cinéaste. Moment vraiment saisissant où, sous l'impulsion de cet étudiant, Panahi s'empare de la caméra pour filmer son étonnante tournée des poubelles.

 

 La trivialité du sujet a pourtant cette force d'impulser une dynamique précise à cette rencontre (la régularité des arrêts aux étages), de créer un personnage qui, involontairement, fait l'acteur. Le cadre serré, vibrant, renvoie pourtant d'autres bruits du monde (le sens de la fête dans les intérieurs iraniens ; le dialogue direct autour du petit chien). Il faut imaginer ce mouvement d'arrachement à une intimité restreinte, douloureuse, comme un sauvetage pour Panahi. Qu'il filme l'étudiant jusqu'à se retrouver à l'extérieur avec sa caméra, rend autant compte de la fébrilité du cinéaste que de l'avidité à vouloir retrouver le sens contrarié de la création.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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