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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 13:40

 

 

 

 

 

Cesena

 

Spectacle de Anne Teresa de Keersmaeker

 

 

 De la nuit noire où s'extraient peu à peu les corps des danseurs et chanteurs, "Cesena" assoit son étrangeté comme oeuvre de passage. Passage des espaces, tout d'abord : présentée en 2011 à Avignon, la dernière chorégraphie d'Anne Teresa De Keersmaeker invitait les spectateurs, dès 4h30 du matin, à occuper les gradins de la Cour d'honneur du Palais des papes.  On imagine avec envie ce qu'a pu être cette expérience, intrication voluptueuse d'espace, de temps et de corps.

 

 D'arriver dans la grande salle du Théâtre de la Ville, lieu pour le moins marqué par une identité culturelle, l'expérience a pris un tour ô combien différent. Non pas tant par la différence radicale d'espace, mais parce que le temps du spectacle impliquait une plus grande attention de la part du spectateur. Autant dire une plus grande patience. Quand la nuit d'Avignon acheminait naturellement le spectateur vers la lumière du jour, au Théâtre de la Ville, pendant une heure, nous étions plongés dans l'épaisseur noire d'une salle. Les corps, loin d'être des poches de lumière, égrenaient leurs improbables mouvements. On n'aura alors sans doute jamais vu autant de spectateurs sortir d'un spectacle de la chorégraphe belge.

 

 Pourtant, passée une entrée en matière des plus brutes (un danseur à peine vêtu s'adonnant à un rituel fait d'un mélange de cris et de chant, tandis que son corps semble parti dans des mouvements pris d'une tension palpable), passée encore cette épaisseur sépulcrale, le spectacle s'avère passionnant, en raison de l'inévidence de ce qu'il offre. Troublante en effet est cette intrication entre des danseurs rompus au difficile exercice du chant, et des chanteurs leur rendant la politesse. Plus encore, c'est le fait de s'adonner aux deux activités en même temps qui ajoute à cette originalité.

 

 Anne Teresa de Keersmaeker nous avait déjà offert, en 2000, avec son impressionnant  "In real time" (3 heures), un spectacle qui mêlait danseurs et comédiens (de la troupe Tg Stan). La comédie se mêlait à l'improvisation et créait une animation particulière. Avec "Cesena", elle pousse plus loin encore la passerelle. La danse comme technique, s'en trouve déplacée, réinterrogée, alors que  le chant, dépourvu d'instrumentation, déplace les propriétés du corps.

 

 C'est donc moins la chorégraphie proprement dite - reconnaissable dès lors que la lumière s'installe progressivement sur scène - sur laquelle Anne Teresa De Keersmaeker porte son attention, que sur un jeu de perturbations des formes, de transition et de passage. De la nuit au jour, du chant à la danse et inversement, d'Avignon au Théâtre de la Ville, "Cesena" introduit de subtils déplacements. Un spectacle jamais figé, mais en mouvement constant. 

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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