Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 15:52

 

 

 

 

 

 

 

Children of Soleil (Soreiyu no Kodomotachi)

 

Film documentaire de Yoichiro Okutani

 

 

 Inutile de chercher dans "Children of Soleil" une représentation grandiloquente de Tokyo : architecture débridée, vie trépidante, ou fouillis de corps et de mouvements. Ce n'est même pas un Tokyo des bas-fonds, avec ce que cela suppose d'obscurité, de voilé, de dissimulé. Nous ne sommes d'ailleurs pas dans le centre, plutôt dans sa banlieue, sur les bords de la rivière Tama, en suivant Yasuo Takashima, SDF, qui gagne sa vie en réparant les moteurs de vieux bateaux.

 

 Dès l'abord, la saisie de cet espace différent, où le ciel apparaît, où les immeubles environnants ne semblent pas dépasser quatre étages, se manifeste par le visage de Takashima. Cheveux et barbe grisonnants, cette figure aux traits marqués par quarante ans de vie au bord de la rivière, en exclu total, baigne d'une lumière rayonnante. Visage comme fendu par une lame de couteau, taillé par les ans, il ressemble, sur son bateau, autant à un viking déchu qu'à un hippie assagi.

 

 On le sent énergique, bien qu'on le devine âgé, et sa façon de s'adresser au réalisateur, d'un ton égal mais souvent ferme, témoigne d'un caractère bien trempé. Il parle beaucoup au départ des injustices dont il a été victime, aussi bien des expulsions ou des centaines de milliers de yens dont il a été dépouillé. Cette partie-là n'est pas très claire, car il est difficile, malgré ces informations, de comprendre son cheminement.

 

 Il semble mû par une certaine forme d'insouciance qui le porte, notamment au début du documentaire, à donner la recette précise d'un gaz avec lequel on peut faire mourir un homme en quelques secondes. Insouciance qui se combine avec une innocence patente dès lors qu'il est filmé en compagnie de ses chiens, Jackie le mâle et Soleil la femelle. Les voir, sur son bateau, le lécher complaisamment, témoigne de la tendresse avec laquelle il s'en occupe. A une époque, raconte un témoin, il y avait avec lui jusqu'à 45 chiens. Les scènes en compagnie de Jackie, s'adressant à lui en adoptant une voix aigüe, aux inflexions enfantines, témoignent de cette relation particulière, double, que l'on peut entretenir avec un enfant : mimer une position parentale tout en réactivant les moments de sa propre enfance.

 

 Mais malgré l'attention longue, soutenue, qui a permis à Yoichiro Okutani d'approcher un Takashima d'abord rétif, une certaine opacité règne dans le film. Si le personnage suscite une indéniable sympathie chez le spectateur, on peut éprouver une frustration à ne pas en savoir plus sur lui. La tâche a sans doute été rendue difficile au réalisateur par un refus de Takashima de dire des choses essentielles sur lui. Okutani épaissit parfois le mystère en ne comblant pas les trous d'incompréhension du récit. A l'image de ce que l'on peut supposer être une chute subie par Takashima, racontée par d'autres de manière fragmentaire, mais qui ne fait qu'épaissir le mystère.

 

 Et le final du film, aussi tendre soit-il (la naissance d'une flopée de chiots), ne rend pas justice à Takashima, qui disparaît du cadre pour laisser la place à une Soleil plus maigre que jamais venant entourer sa progéniture. Il y a là clairement la volonté de marquer un passage, entre une disparition programmée (Takashima, affaibli, tousse de plus en plus), et une étincelle de vie symbolisée par les chiens. L'effacement de Takashima - il se contente d'aller dormir en laissant au réalisateur toute lattitude pour filmer - sert un peu de prétexte pour forcer sur cette dimension tragique.

 

Dernière diffusion : vendredi 30 mars à 12 heures au Centre Pompidou

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche