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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 22:54

 

 

 

 

 

 

 

Self portrait : at km 47

 

Film documentaire de Zhang Mengqi

 

 

 Elle a seulement 25 ans, et du haut de cette jeunesse qui suppose une certaine dose d'effronterie ou d'inconscience, elle décide de retourner dans son village natal. Pour y faire quoi ? Simplement demander aux vieux du village de raconter la terrible famine qui a sévi dans les années 1958-1959 où de nombreux chinois sont tombés comme des mouches. Après la sortie du film de Wang Bing, "Fengming, chronique d'une femme chinoise", s'atteler, pour une jeune femme, à un tel sujet a de quoi surprendre, et attirer.

 

 C'est que le projet relève d'une commande. Zhang Mengqi, venue présenter son film, précise qu'elle est danseuse et appartient à un groupe, "Projet de mémoire populaire", qui se divise en deux modes : monter des spectacles de danse et réaliser des documentaires. Chaque membre est appelé à se rendre dans un village avec lequel il a un lien pour y fouiller la mémoire des vieux. Au vu des scènes de performances dansées émaillant le film, on peut dire que la matière documentaire est ensuite destinée à passer par le moule artistique.

 

 Zhang Mingqi est ainsi prise dans un double mouvement : intellectuel, qui l'amène à filmer et interroger elle-même les habitants du village ; physique, par l'implication de son propre corps dans la réorganisation, au sein d'un groupe, de ces éléments. Il y a constamment dans le film ces allers-et-venues entre distance documentaire, plongée dans le vif d'un hiver rigoureux, et esthétisation de la matière fournie. Ainsi, des photos sont prises des habitants, exposées sous une lumière tamisée, tordues, comme pour signifier la disparition progressive de ces vieilles personnes - la plupart ont de plus de 80 ans.

 

 L'entrée en matière dans le village est éloquente : accompagnée par une sorte de chef de district - on apprend que le village reçoit très peu de visiteurs -, Zhang Mengqi se heurte très vite à une incompréhension liée à la quasi surdité de la personne qu'elle interroge, alors qu'elle est aidée par un homme qui crie ses questions à l'oreille du vieux. Des aveux finissent par émerger, pour dire l'horreur d'un moment.

 

 Dans la rencontre avec son grand-père, cette surdité, réelle, prend un autre sens : celui-ci ne veut pas parler, et ça se sent. Quand elle l'appelle, à de nombreuses reprises, il n'esquisse aucun mouvement, mais il suffit qu'elle se rapproche pour qu'il se retourne. Préfiguration des paroles de refus qu'il prononcera plus tard, de même que de la clôture du film.

 

 Traversé par des figures saisissantes, "Self portrait : at km 47" prend des allures de tableaux de Jérôme Bosch. Ces vieilles personnes - femmes essentiellement - sont d'abord impitoyables avec elle-mêmes, se trouvant laides ou d'une maigreur cadavérique. il faut pourtant voir l'une d'entre elles, voutée, se déplaçant lentement, s'extirper de sa chaise en plein interview pour se précipiter vers un chat, animal qu'elle déteste.

 

 Passionnant par cet écart entre cette jeune cinéaste pékinoise et ces émouvantes personnes âgées, le film laisse percer des poches de surprise : la rencontre avec un parent qui s'invite dans le champ, un aveu douloureux de la grand-mère. Il ne reste plus à Zhang Mingqi qu'à mesurer l'impact de son film dans un pays où elle n'a pas demandé l'autorisation de tourner.

 

Dernières diffusions : dimanche 25 mars à 17 heures au Centre Pompidou, mercredi 28 mars 10h30 au Centre Wallonie-Bruxelles.


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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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