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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 21:00

 

 

 

 

Clôture de l’amour

 

  Texte et mise en scène de Pascal Rambert

 

Avec Stanislas Nordey et Audrey Bonnet

 

 

 Vu du fond de la grande salle du Théâtre de Gennevilliers, lors d’une des dernières représentations, "Clôture de l’amour" attire les yeux par la présence physique des comédiens : aussi bien Stanislas Nordey que Audrey Bonnet sont d’une minceur confinant à la maigreur famélique. Lui surtout qui, ouvrant le long bal d’une succession de monologues, dévoile des bras effilés de son tee-shirt à manches courtes , lesquels dessinent des mouvements qui deviennent d’autant plus secs.

 

 Cette présence physique singulière n’est pas sans susciter une interrogation sur le lien entre la nature des monologues et leur impact sur les corps. Cela a beau être du jeu, de la comédie, est-ce  que le contenu éprouvant de ces monologues peut laisser intact les corps des comédiens ? Comme il serait intéressant d’avoir leur point de vue.

 

 Autant le dire : il y a quelque chose d’irrespirable dans "Clôture de l’amour". La tension permanente qui sous-tend ces monologues est essentiellement dûe à la division de ce que l’on peut qualifier de scène de rupture. Dans cette succession de deux paroles solitaires, la possibilité de tout dire offerte à l’un et à l’autre autorise tous les relâchements. Elle se fonde sur un équilibre en apparence parfait : au beau milieu des monologues, un curieux intermède choral chanté par des enfants offre moins une respiration qu’une sorte de suture avant la réplique de la femme.

 

 Mais l’équilibre est factuel, purement formel, et l’inégalité fondamentale de cette joute alternée se fait jour peu à peu : quand lui déverse son tonneau de reproches, sa manière à elle est purement réactive. Elle ne se déchaîne que pour mieux se défendre, au point de dire la phrase sans doute la plus violente du texte. On dirait peu à peu que l’énergie du désespoir qu’elle déploie ne vise qu'à le tenir à distance, pour ne pas ployer sous la charge verbale. Son temps de parole est fondamentalement un temps de survie.

 

 Si le texte de Pascal Rambert n'atteint pas les sommets de la littérature, il vise, dans son oralité brute, à rendre compte de l'agitation désordonnée des affects. C'est ainsi que beaucoup de séquences verbales sont répétées, traduisant une fébrilité des personnages. Si le spectacle acquiert une dimension épique, il la puise dans l'interprétation des comédiens, intenses dans leur singularité respective.

 

 On se demande comment Stanislas Nordey a pu être dirigé, lui qui fait du Nordey, avec cette expressivité corporelle qui le caractérise. Gestes secs, affirmés, mouvements amples des bras, torsions des jambes sont autant une marque de fabrique qui trouvent ici un terrain d'expression privilégié, au point parfois de provoquer des rires bienvenus dans leur façon d'accompagner l'excès langagier. Audrey Bonnet, avec sa manière d'éviter la charge, habite l'espace avec une dynamique toute aussi forte, sa voix se muant au point d'avoir des accents androgynes.

 

 La force, en définitive, de "Clôture de l'amour", repose beaucoup sur la subtilité  avec laquelle les  corps se différencient : quand Stan - les comédiens s'appellent par leur vrai prénom - invective Audrey pour qu'elle se redresse à chaque fois qu'elle s'affaisse, elle lui intime à peine le même comportement. Si bien qu'on voit le corps de Stan ployer inexorablement. Posture singulière de part et d'autre, qui témoigne avec éloquence de ce que la parole peut produire sur le corps.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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