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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 22:00

 

 

 

Dairaku-1-da386.jpg

                                                       Photo : Junichi Matsuda

 

Crazy Camel

 

Spectacle de Dairakudakan

 

Direction Maro Akagi

 

 

  Les scènes parisiennes semblent, depuis la rentrée, de plus en plus investies par des formes hybrides. Des femmes nues s'emparent du style burlesque pour en faire un brûlot féministe (Untitled feminist show), des handicapés s'ébattent au Centre Pompidou de façon débridée (Disabled Theater). Il fallait bien qu'en provenance du Japon, un fameux groupe vienne secouer les lignes établies de la danse butô.

 

 C'est d'ailleurs sur un positionnement décalé que la troupe Dairakudakan, emmenée par l'impressionnant Maro Akagi, s'est présentée à la Maison de la Culture du Japon à Paris. Moins d'un an après y avoir joué "L'homme de cendre", Dairakudakan revient avec une forme prétendument inédite en occident, le Kimpun Show. L'envie est forte de découvrir ce style, honni, paraît-il, par les tenants d'un butô pur, dont Dairakudakan est pourtant l'un des plus grands représentants.

 

 Quand on a eu l'occasion de capter la personnalité facétieuse de Maro Akagi, il n'y a dès lors plus à s'étonner de l'intérêt de la troupe pour cette forme. Sa distinction immédiatement visuelle repose sur cette pellicule dorée recouvrant le corps des danseurs, hormis ceux qu'on peut considérer comme solistes, principalement Maro Akaji et la danseuse l'accompagnant pendant la quasi totalité du spectacle.

 

 C'est cette distinction qui se révèle extrêmement instructive : d'un côté un "choeur" de danseurs aux corps dorés, dont la fonction essentielle est d'assurer la revue, à l'égal des spectacles de cabaret, voire de groupes de rock, accompagnés par des choeurs de danseuses-chanteuses. Leur expression dansée se signale alors par un équilibre constant, une synchronie des mouvements quasiment sans failles. Pas d'individualisation des figures : le nombre ne favorise pas la liberté du geste chorégraphique, mais assume le contour basique sur lequel va se tramer autre chose.

 

 La seule entrée en matière de Maro Akagi, déguisé en étudiante, se révèle réjouissante, provoquant le rire du public. L'occasion de s'étonner de la vélocité d'un homme de 69 ans. Mais l'aspect grotesque qui va alors prévaloir - matiné d'une certaine régression - n'influe aucunement sur la qualité de la prestation. Au contraire, alors que le ballet des corps dorés se signale par un équilibre assez parodique, les solistes se fondent sur cet écrin pour tisser les mouvements les plus extravagants possibles. Libérer le corps, c'est aussi le soustraire à son statut policé, d'où le travestissement, mode privilégié de l'approche carnavalesque qui définit beaucoup cette troupe.

 

 Car l'envolée des corps, principalement ceux de Maro Akaji et de la danseuse, déguisés en étudiantes, se fait en exploitant toutes les possibilités physiques : torsions dans les mouvements, comme sous le coup d'une embardée électrique, envolées erratiques, nerveuses. On rampe, on glisse, on envahit toutes les zones de la salle. C'est une véritable bacchanale à laquelle on assiste, jusqu'au moment où un troisième larron, au départ engoncé dans sa rigidité, arrive donner de l'ampleur à son geste. En point d'orgue, une scène à la trivialité sexuelle assumée, manière d'affirmer la plénitude dionysiaque à laquelle mène cette libération des êtres.

 

A côté des attitudes débridées des solistes, le choeur des danseurs dorés dévie à peine de son élan unifié. Le sommet de leur relation à l'espace s'opère par un déplacement des colonnes, non pour injecter un quelconque désordre, mais au contraire pour perfectionner le sens esthétique. Les colonnes déposées en fond de scène composent dès lors un merveilleux panneau aux modulations colorées. Équilibre du plan, des rythmes, des couleurs.

 

 Dans "L'homme de cendre", la relation à la lumière, au feu, était marquée par le sentiment d'urgence à maintenir une étincelle de vie. A la fin de "Crazy Camel", les torches brandies par les danseurs induisent plutôt une notion d'achèvement serein. Quels que soient les soubresauts auxquels on a assisté, la beauté est sauve, et les torches viennent simplement en confirmer l'éclat, en appuyant par leur flamme la lumineuse respiration des panneaux.

 

DSC09865.JPG                                                       Photo : Georges Jumarie

  

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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