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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 08:47
 
 
 
 
Les inepties volantes, de Dieudonné Niangouna
 
Avec Dieudonné Niangouna et Pascal Contet
 
 
 De cette pièce relatant la guerre civile au Congo-Brazzaville, Dieudonné Niangouna livre un spectacle éminemment paradoxal, contribuant à le doter d'une force exceptionnelle. De par la gravité du sujet, et à l'instar des nombreux conflits sanglants déchirant l'Afrique, on aurait pu s'attendre à une restitution du chaos de la guerre. Il n'en est rien. Le particularisme que Niangouna est censé représenter, fruit de son expérience personnelle d'immersion, est d'emblée recouvert par une position affirmée de créateur.
 
 Là où on s'imagine de prime abord s'exposer à quelque chose d'explosif, c'est l'atmosphère des spectacles de Claude Régy qui est évoquée, avec l'acteur immobile, en fond de scène, devant un décor éclairé digne de "La mort de Tintagiles". Cette immobilité n'est pas simplement une posture minimaliste de metteur en scène. Elle reflète aussi une forme de stupeur confinant à la tétanisation devant les horreurs dépeintes. La comparaison avec Régy s'arrête d'ailleurs là, car le corps de Niangouna, comme le reflet d'un mode de survie, retrouve des propriétés typiquement africaines : gestualité frénétique des bras et des jambes, soubresauts, propulsion du corps contre un décor de tôle. Le corps finit par être habité par la violence diffuse que la parole déverse.
 
 Le texte de Niangouna est aussi le lieu où vient s'inscrire des écarts, des lignes d'indétermination. S'il renvoie à des moments précis marqués par la cruauté de la guerre, il s'anime d'une virtuosité frémissante, sophistiquée, teinté d'un cynisme salvateur. Les citations littéraires - le nom d'Aimé Césaire revient plusieurs fois - disent dans quel champ poétique se situe Niangouna.
 
 Et il y a Pascal Contet. Découvrir ce musicien est l'une des belles surprises de la pièce. Sa prestation tient beaucoup moins de l'accompagnement purement musical que d'une présence égalitaire, marquée notamment par l'habillement commun. Les nappes sonores produites avec son accordéon, enveloppantes ou intenses, contribuent à installer un contrepoint enrichissant dans ce spectacle remarquable.
 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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