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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 16:00

 

 

 

 

 

 

Cribles/Live

 

Spectacle d'Emmanuelle Huynh

 

 

 C'est peu de dire que "Cribles/Live" est habité par la musique. A la dernière du spectacle, suite à une longue attente due à un souci technique, les percussionnistes sont arrivés sur la scène, attendant que la lumière s'éteigne. On avait alors tout le temps de mesurer la présence physique des nombreuses percussions juchées sur des pilotis, avec l'assurance que cette massivité était le gage d'un certain déchaînement sonore. Un certain suspens présidait à l'explosion sonore. Et cela a eu lieu.

 

 Quand on sait que "Persephassa", sur laquelle s'appuie Emmanuelle Huynh, est la première oeuvre pour percussion de Iannis Xenakis, il y a de quoi être béat devant sa puissance créative demeurée intacte. Dans l'attente à laquelle nous sommes exposés, c'est la spatialisation des instruments qui préfigure la thématique principale de la chorégraphie, autour de la figure de la ronde. Quatre percussionnistes sont ainsi répartis sur la scène, en arc de cercle, et deux autres plus haut, de part et d'autre de la salle, surplombant les spectateurs. Cette disposition est un appel à l'imaginaire sonore du spectateur, puisqu'il l'amènera, tout au long du spectacle, à être attentif aux effets percussifs. La perception incomplète des percussions s'accompagne d'une attention sonore redoublée liée à cette répartition originale. 

 

 Face à cette monumentalité imposante de l'instrumentation, on guette avec curiosité l'intervention des danseurs. Cela commence par une entrée successive, par deux ; corps qui se cherchent, se suivent, se poursuivent, dans un élan ludique, proche de jeux d'enfants. Avec cette entrée en matière perce l'envie de fonder, à partir d'un dépassement de l'individuation, l'osmose du groupe. Cette approche de la ronde ne peut manquer d'évoquer l'une des chorégraphies majeure de la chorégraphe allemande Pina Bausch, "Le sacre du printemps". Ici, la matière, bien que plus ludique, n'en contient pas moins sa charge rituelle, renvoyant à des données primitives - la constitution de la ronde ayant à voir avec la notion de civilisation, de domestication de l'individu par la constitution du groupe. 

 

 Devant cette figure de la ronde induisant une clôture formelle, c'est la variation qui est privilégiée. Animer le cercle implique de le soumettre à toutes les torsions, comme si les individus initiaient une lutte continuelle pour échapper à l'harmonie requise par le groupe. Ça part en glissades, en tournoiements visant le vertige. On traîne un corps comme on imprime des tensions successives par des mouvements de bras. Cette exploitation permanente d'une figure initiale, par l'imagination graphique qu'elle suppose, ne manque pas de susciter un certain plaisir chez les danseurs, dont certains visages se parent de discrets sourires réjouis. C'est très sensible lors de l'un des moments emblématiques de la pièce, où les danseurs, toujours en cercle, se donnent des coups de pied entre eux.

 

 Le point d'orgue du spectacle se situe dans un regroupement des danseurs sur l'estrade où est juché un percussionniste. On peut y voir une sorte de vénération ultime non du groupe, mais de ce qui le fonde : la musique.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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