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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 11:29
  
 
 
 
Flower in the pocket
 
Film de Liew Seng Tat
 
                            Avec Azman Hassan, Zi Jiang, James Lee, Wei Lim
 
 Il serait vain de chercher dans ce film un moyen d'accès à la société malaisienne, du moins sur le plan géographique ou économique. Est-ce dû au budget mis en oeuvre ou à une modestie du propos, mais l'intrigue censée se dérouler à Kuala Lumpur, la capitale, se distingue par son cadre étouffant, resserré. On n'y verra nulle tour où se répartissent sur plusieurs étages restaurants ou magasins. On n'y décèlera aucun grouillement de rue, où s'empilent les marchands, les tables basses sur les trottoirs.
 
 L'intérêt du cinéaste se situe en effet sur un plan bien plus intimiste, en se concentrant sur deux garçons chinois (Li Ah et Li Ohm) livrés à eux-mêmes. Leur difficulté, qui les conduit à une certaine forme de marginalité, est représentée tout d'abord par les moqueries dont ils font l'objet à l'école, où ils sont quasiment représentés comme des cancres. L'écart dont ils font l'objet est en outre signifié par leur maniement difficile de la langue malaise. Solitude linguistique, déliaison familiale qui les montrent errant dans la ville après l'école tout simplement parce que le père, dont la femme est partie, se consacre essentiellement à son travail.
 
 Rien n'est asséné pour signifier cette séparation, si ce n'est un montage alterné.  On voit, d'une part, le père entouré de mannequins qu'il fabrique - comme des substituts fétichistes à l'absence de sa femme - et d'autre part les enfants perdus dans leur déambulation, sans pour autant que celle-ci se révèle dépressive. Ils arrivent à créer leur propre espace où exercer leurs penchants ludiques, comme avec ce petit garçon qu'ils veulent raccompagner et avec qui les échanges se ponctuent d'insultes joyeuses.
 
 C'est l'intérêt de ce film de ne proposer aucune clé, aucune explication. Les significations ne se dévoilent que progressivement, en fonction de ce qui est montré et non de ce qui est dit. Il faudra attendre plus d'un tiers du film pour comprendre que la chambre, l'espace représentatif de la débrouillardise des enfants - ils doivent se lever seuls pour aller à l'école - et le fauteuil dans lequel dort leur père sont conjoints. C'est seulement lorsque l'aîné des garçons quitte la chambre et passe devant son père endormi que l'unification de l'espace s'opère.
 
 Cadre étriqué de la chambre des enfants, du père et de ses mannequins, de l'école. Il ne faut pas croire pour autant que, dans le film, rien ne filtre des questionnements relatifs au  foisonnement ethnique de la Malaisie. La rencontre des deux garçons avec une jeune écolière malaise - dont l'identité sexuée n'est pas évidente au départ - ajoute un trouble, une ambiguïté certaine dans "Flower in the pocket". La jeune fille vit avec sa mère, dans une relation apparemment harmonieuse, et le fait qu'on ne voit pas non plus son père confère aux scènes entre elles une valeur de rééquilibrage idéalisé par rapport à la situation des garçons.
 
 La question de la nourriture y revêt dès lors une importance accrue, car c'est aussi par la capacité à nourrir ses enfants que se soude une famille. En l'occurrence, il s'agit ici de deux familles mono-parentales. La relation de la jeune fille à sa mère est proportionnellement inverse de celle des garçons avec leur père, car là où ils se préparent à manger seuls, elle peut se permettre de refuser la nourriture, comme pour échapper à une attention trop soutenue - voir la scène forte où, lorsque la fille rentre chez elle, sa mère devine sans la voir, qu'elle ne va pas chercher dans le frigo ce qu'elle lui conseille. La mère en vient aussi, lors d'une invitation, à nourrir les deux garçons que la fille, au passage, a affublé de prénoms malais musulmans.
 
 Les questions d'appartenance religieuse, d'interaction culturelle, sont ainsi évoquées sur un mode comique, paradoxal, quand on sait que la communauté chinoise, bien que minoritaire sur le plan religieux, est sans doute l'une des plus soudées en Malaisie, et occupe un poids certain sur le plan économique. Aussi, cette inversion des rôles, si elle peut paraître tranchée de prime abord, voire artificielle, n'en produit pas moins des frottements, des circulations de désir; en somme suffisamment de matière pour tisser une fiction agréable.
 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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