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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 11:33
CIN-DANCING.jpg
 Dancing bells
 
De Deepak Kumaran Menon
 
Avec Ramesh Kumar, Sangkara, Dhaarshini Sankran
 
 Dans le cycle Singapour-Malaisie présenté au Centre Pompidou, "Dancing bells" représente l'un des rares films consacrés exclusivement à la communauté indienne, l'une des nombreuses composantes d'une Malaisie multi-ethnique. Loin du brassage heureux de ces communautés par une Yasmine Ahmad, le film de Kumaran Menon, jeune cinéaste indien né en Malaisie, se concentre sur le quartier de sa communauté à Kuala Lumpur. Il suffit bien souvent de voir en arrière plan les grandes tours de la capitale malaise pour comprendre le contraste entre le développement du pays et la pauvreté supposée de ladite communauté.
 
 Pour autant, Kumaron Menon ne cherche pas à livrer un constat exemplaire visant à signifier une quelconque mise au banc. Sa caméra ne se pause au fond moins sur une minorité que sur des sujets par rapport auxquels on lui lui suppose une affinité. Il s'agit principalement de s'attacher à une famille dont les signes de pauvreté sont signifiés avec discrétion mais force. L'antagonisme apparent (dans un seul plan, grandes tours reflétant la prospérité contre maisons en bois traduisant la pauvreté)n'induit pas réellement une approche sociologique fondée sur le conflit.
 
 La famille sur laquelle se concentre Kumaron Menon n'a pas réellement valeur d'exemple en ce qu'elle concentrerait la pauvreté supposée de toute une communauté. Le dénuement de Muniammah, de sa fille Uma et de son fils Siva renvoie moins à une réalité globale qu'au départ du père. Celui-ci réapparaît plus tard dans le film devant Muniammah tenant son échoppe de fleurs, avec une sincère envie de réconciliation. Lorsqu'il cherche à lui donner de l'argent, elle lui oppose un refus souverain. 
 
 Comme dans un autre film du même cycle, "Flower in the pocket", l'intérêt de "Dancing bells" tient à la discrétion de sa mise en scène, à la manière dont certains signes visuels servent à révéler, bien plus que la parole, la situation des personnages. Il suffit de voir Siva dormir au pied du lit où repose sa mère pour comprendre l'exiguïté de l'espace à partager. D'autres attendus dramaturgiques qui, dans bien d'autres films, amèneraient un développement suivi d'une résolution, se résorbent ici complètement, comme la toux persistante de Mouniammah. Elle a beau obtempéré lorsque sa fille lui recommande d'aller voir un médecin, cet état maladif n'aura aucune suite dans le film.
 
 Quand Siva, après avoir volé le sac d'une chinoise aisée est poursuivi par un vieux gardien, la scène, plutôt que d'emprunter les pentes d'un suspense légitime, bascule vers un mode burlesque. De même, à la deuxième apparition du père, qui nous vaut la scène la plus désespérée du film - il a le visage en sang devant son ex-femme et ses enfants -, on devine les raisons pour lesquelles il a été congédié.
 
 Cette manière de résorber toute intensité pourrait donner l'impression que s'installe une atmosphère contemplative, propre à bon nombre de films asiatiques. Il en est ainsi de certains plans montrant les personnages assis devant leur maison, englués dans une pure attente. Mais il s'agit en réalité moins d'un immobilisme pathétique qu'une posture inhérente à la culture indienne, plus largement asiatique. Dans l'attente, il y a de la détente. Elle relate moins la fatigue des corps que l'amorce d'une nouvelle impulsion à exister.
 
 Sur ce plan là, l'option du film est claire, qui fait de Siva et Uma des jeunes portés par une irrésistible envie, donnant à la fin une tonalité résolument optimiste. Le titre renvoie en effet aux clochettes que les danseuses traditionnelles portent aux pieds. Au début du film, la vision par Uma d'une répétition de cette danse, le bharata natyam, attise son envie de suivre des cours. Elle en fera plusieurs fois la demande à sa mère. C'est le frère qui, à la fin, abandonnant son rêve de posséder une moto, devient le moteur de la concrétisation de celui de sa petite soeur. Rien ne se perd, tout se transforme.    
      

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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