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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 16:00

 

 

 

 

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                                                       Photo : Araki Nobuyoshi

 

 

Dairakudakan - L'homme de cendre

 

Chorégraphie de Maro Akaji

 

 

 Difficile, lorsqu'on est face à un spectacle de Dairakudakan, de ne pas se laisser envahir par les images d'un autre groupe de butô, autrement plus connu en Occident : Sankai Juku. Le butô a une singularité stylistique telle, que toute comparaison ne peut qu'être centrée sur la culture nipponne. Dans l'univers chorégraphique, il n'y a peut-être pas une danse dont les composantes soient aussi fortement marquées. L'une des notions principales qui la traversent (ancrer les pas au sol) suffit à en marquer le tracé radical.

 

 Dairakudakan. Sankai Juku. Deux groupes portés par deux figures charismatiques : Maro Akaji et Ushio Amagatsu. On peine à imaginer, en Occident, un style de danse contemporaine représenté par deux groupes seulement. Ce serait l'asphyxie et la mort d'un style. Il n'en est rien avec les deux ensembles japonais : Dairakudakan va fêter l'an prochain son quarantième anniversaire, et on imagine mal Sankai Juku se dissoudre du jour au lendemain.

 

 Deux groupes. Y a-t-il pour autant deux styles, quand les figures de danse du butô répondent à des exigences formelles précises ? Y a-t-il d'un côté la beauté esthétique d'une troupe à la renommée mondiale, longtemps invitée au Théâtre de Ville, et une autre qui respecterait les fondements d'une danse établis par Tatsumi Hijikata ou Kazuo Ohno ? Si l'esthétisme souvent magnifique de Sankai Juku semble avoir évacué des aspects existentialistes, Dairakudakan, à travers notamment "L'homme de cendre" ancre encore ses créations dans la réalité, au point d'être littéralement débordé par elle.

 

 Ce rapport au réel est très clairement énoncé par Maro Akaji, avec par exemple cette anecdote racontée après une représentation à la Mcjp : comment les rapides mouvements latéraux de la tête de ses danseurs, accentués au point de le satisfaire, étaient en fait dûs à des secousses provenant du tremblement de terre. Véridique ou exagérée, l'anecdote rend compte de toute façon de la nature de ce spectacle, axé, pour Akaji, sur le pressentiment d'une catastrophe.

 

 Face à ce sentiment, "L'homme de cendre" est tout entier orienté vers une forme de conjuration. Les figures qui y évoluent sont clairement marquées : Prêtre (incarné par Akaji lui-même), prêtresse, et la cohorte d'hommes et de femmes opérant des mouvements destinés aussi bien à embellir la réalité qu'à fonder du lien (comme ces deux hommes progressant sur scène en collant l'un contre l'autre des bâtons tenus par la bouche). On pourrait y tisser des métaphores : ranimer la lumière de la cendre, comme deux allumettes frottées l'une contre l'autre. C'est l'entreprise essentielle de cette pièce, que de raviver les flammes, en tournant par exemple autour d'une bassine.

 

 Les rondes des danseurs, dans leur élégance formelle, atteignent la beauté de certains moments chez Sankai Juku. Elles évoquent parfois, dans notre horizon occidental, "Le sacre du printemps", de Pina Bausch, oeuvre dans laquelle l'expression corporelle y est juste plus affirmée, plus brute ; mais la matière rituelle y est proche de part et d'autre. Dans l'approche de Dairakudakan, le grotesque se mêle au sérieux, créant un climat hétérogène, rendant d'autant plus belle la fin, inattendue. L'explosion de couleurs revêt un caractère si troublant que le soulèvement favorisant cette révélation évoque un mouvement tellurique. Rapporté aux évènements tragiques de mars dernier, "L'homme de cendre" imprègne notre vision avec une force particulière.

   

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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