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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 15:00

 

 

 

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                                        Photo : Pascal Chantier     

                                             

 

De beaux lendemains

 

D'après le roman de Russel Banks

 

Adaptation et mise en scène de Emmanuel Meirieu

 

Avec Catherine Hiegel, Carlo Brandt, Judith Chemla, Redjep Mitrovitsa

 

 Du roman de Russel Banks, on avait déjà eu droit à une adaptation cinématographique en 1997, réalisée par Atom Egoyan. Mise en scène discrète, respectueuse, marquant une phase de pacification formelle chez le réalisateur de « The adjuster ». En portant le célèbre roman sur la scène, Emmanuel Meirieu fait le pari d’une adaptation plus fidèle. Le roman relate l’histoire d’enfants ayant péri dans un accident de bus scolaire chutant dans un lac gelé.

 

 Devant la simplicité du roman (quatre témoignages successifs à la première personne), Emmanuel Meirieu choisit une mise en scène des plus minimales. Pas d’afféteries particulières : aux quatre témoins correspondent quatre comédiens. On a beau côtoyer un metteur en scène comme Claude Régy, chantre de l’approche dépouillée des pièces – au point de théoriser sur la neutralité du comédien -, assister à ce spectacle ravive la question de ce que peut le théâtre : beaucoup avec peu.

 

 Il est vrai que l’horreur du sujet, la nature des témoignages, réclament une pudeur destinée à évacuer toute complaisance dramatique. C’est la force du spectacle – et sans doute du texte de Russel Banks – d’inviter à une sorte de recueillement, devant un accident que l’on sent vivace dans la mémoire des protagonistes.

 

 Quand la pièce commence, l'accident a déjà eu lieu, ce qui renforce la contemporanéité des témoignages. Dans chaque parole pointe le souffle frais d'un acte tragique par rapport auquel il convient d'ajuster ses émotions. Temps de la mémoire vive et temps de la blessure, de la tentative de réparation se conjuguent, libérant des traumatismes enfouis (la jeune rescapée handicapée).

 

 La parole, en quelque sorte, informe les corps, dans le sens où chaque émotion sensible définit une réactivité physique (ou non). Entre Carlo Brandt, au début de la pièce, et Judith Chemla, on a affaire à deux états du corps pour le moins antithétiques, mais dont la force d'expression ne les annulent aucunement. D'un côté, Billy Ansel, vétéran du Vietnam dont les deux enfants ont disparu dans l'accident, traduit sa douleur par une expressivité gestuelle, amplifiée par la perte de contrôle liée à l'absorption d'alcool. De l'autre, Nicole Burnell, adolescente rescapée de l'accident, désormais en fauteuil roulant. Son corps immobile favorise la libération de la parole la plus horrifique qui soit. Glaçant, son témoignage est rendu avec la distance froide d'un sujet longtemps réduit au silence, mais qui trouve paradoxalement dans son handicap une possibilité d'affirmation face à son père.

 

 Ces différentes formes de témoignages restituées par les comédiens trouvent une unité dans ces mouvements d'avant en arrière qu'ils effectuent devant le micro posé devant eux - même Judith Chemla avec son fauteuil. Ce n'est pas simplement une unité formelle : elle rend aussi compte de l'ajustement d'un corps face à la pesanteur d'un flux verbal douloureux. Avec les notes feutrées d'un piano, le son d'un crissement de pneus, l'atmosphère qui s'installe dans cette adaptation délicate rend "De beaux lendemains" extrêmement sensible.

    

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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