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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 16:00

 

 

 

DSC04309                                         Photo : G. Jumarie

 

 

Camkytiwa

 

 Avec  Huong Thanh (Vietnam) : voix ; Yan Li (Chine) : erhu ; Fumi Hihara (Japon) : koto et shamisen ; E’ Joung-Ju (Corée) : gômoungo

 

 

 On a pu assister ce vendredi 19 novembre, dans l'auditorium du musée Guimet, à un concert de type particulier. Cela tient non pas au fait que les interprètes présents soient des femmes - nulle tentative d'affirmation féministe là-dessous - mais qu'elles soient des musiciennes affirmées, virtuoses dans le maniement de leur instrument. Ce groupe à géométrie variable, Camkytiwa (en vietnamien : Musique, Stratégie, Poésie, Peinture) a été constitué par la chanteuse vietnamienne Huong Thanh, spécialiste du chant traditionnel, distinguée en 2007 par le prix France Musique des Musiques du monde.

 

 Si les rencontres entre musiques asiatiques et occidentales sont fréquentes de nos jours - à l'ère d'une mondialisation forcenée -, l'effet de surprise créé par cette réunion de musiciennes peut se révéler tout aussi riche, malgré la filiation évidente entre les instruments présents. Indépendamment de la présentation des musiciennes en costume traditionnel, c'est la vision des instruments qui attise d'emblée l'intérêt. Que voyons-nous ? D'une extrémité à l'autre de la scène, deux cithares : la coréenne de E' Joung-Ju et la japonaise de Fumi Hihara, consacrant un bel équilibre graphique. Leur proximité de structure n'empêche pas une manière très différente de jouer, tant technique que physique.

 

 Nous avons eu l'occasion de voir Fumi Hihara, lors d'un réjouissant concert à la Maison de la Culture du Japon, en compagnie d'un joueur de tsuzumi (percussion utilisée dans le théâtre Nô). Les deux musiciens se prêtaient alors à une prestation glissant sensiblement sur les pentes de la comédie. Ce soir-là, au musée Guimet, c'est une artiste dans la pure tradition japonaise qui se présente, hiératique dans son kimono. Mais la virtuosité est là, impressionnante. Elle joue aussi du shamisen, autre instrument emblématique du Japon.

 

 

 Toute autre est la coréenne, à la stature plus robuste, bien plus expressive dans son jeu, d'autant plus qu'une prise, reliée à son instrument, permet l'amplification du son. Dans les scansions rythmiques qui s'ensuivent, les coups qu'elle assène sur les cordes avec une baguette de la main droite évoquent irrésistiblement la musique d'Asie centrale. Leur fondement est, par le rythme, de rendre perceptible le galop d'un cheval. Il y a jusqu'à la toque de cette musicienne délurée qui fait penser à ceux de cette vaste région. La plus discrète de ce groupe reste la chinoise, à l'image de son petit instrument, la vielle erhu, posé sur sa cuisse.

 

 Quant à Huong Thanh, l'initiatrice de la rencontre, sa position tient de l'humilité. Sa voix, dont la palette est sans doute mieux déployée dans le style Cai luong, se signale par une attention à ses camarades asiatiques, au point qu'elle s'efface physiquement pour les laisser jouer individuellement. Il lui est parfois difficile de résister aux boutades de la coréenne, qui tient de moins en moins en place. Quand Huong Thanh exécute deux chants en coréen et en japonais, E' Jung-Ju lance : "Elle travaille beaucoup". Oui, elle travaille beaucoup, mais ce travail est le contraire d'un repli sur soi ; il trahit une ouverture à l'autre.

 

 Seul regret, dans ce concert, lorsqu'on est amateur d'instrument traditionnel : la présence du Dan bau, cithare monocorde, aux sonorités magnifiques, dont Huong Thanh n'aura fait qu'un usage minimal, simplement introductif. Il se trouve que, contrairement à la Corée, le Japon ou la Chine, la musique traditionnelle vietnamienne est peu représentée à Paris. Huong Thanh, avec son talent, permettra peut-être, dans un futur proche, qu'on y prête un peu plus attention.

 

 DSC04311

 

 Photos : G. Jumarie

 

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