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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 15:00

 

 

 

 

 

 

 

Dieu, qu'ils étaient lourds...!

 

Conception, adaptation et mise en scène de Ludovic Longelin

 

Avec Marc-Henri Lamande

 

 "Dieu, qu'ils étaient lourds...!" commence dans le noir. La lumière ne s'installe que peu à peu, mais l'éclairage restera tamisé pendant tout le spectacle. On y vient avec l'espérance d'assister à une performance d'acteur, mais le dispositif scénique, de par son absence de spectaculaire, déjoue cette attente. Certes, Céline est une figure littéraire éminente du vingtième siècle, mais le metteur en scène Ludovic Longelin choisit manifestement de l'aborder sous l'angle de la désacralisation, là où, dans une certaine mesure, il désirait être tenu, comme pour échapper à sa notoriété ambiguë.

 

La pièce commence par un monologue, et si on ne sait pas d'emblée que ce spectacle est conçu à partir des entretiens donnés à la radio par l'écrivain, on pourrait s'attendre à un déluge verbal uniforme. Hors, quelques minutes plus tard, la scène s'éclaire sur la gauche, presque à la hauteur du premier rang, pour laisser apparaître, assis à une table, celui qui va questionner Céline. Ce dispositif, où celui qui mène le débat bénéficie de plus de lumière que l'intéressé, évoque les scènes d'interrogatoire. Emmitouflé dans sa lourde tenue, comme coincé dans un fauteuil de vieillard, le personnage Céline paraît encore plus petit.

 

 Mais si le corps est engoncé, ce sera la parole qui assurera l'animation dramaturgique. Les premières questions portant sur les positions politiques de Céline, les réponses seront - et c'est sans surprise - complètement biaisées, reflétant la mauvaise foi de l'écrivain, qui en rajoute sur la corde de l'idéaliste naïf. Mais c'est lorsque Céline répond aux questions sur son statut d'écrivain que la pièce prend son tour le plus enthousiasmant. C'est là que le cynisme du personnage, son caractère infatué, trouvent leur éclat délirant.

 

 C'est à la fois perturbant, de par les imprécations lancées, et réjouissant, par la nature profondément originale de l'humour manié par Céline. Conscient de son statut (un des plus grands stylistes du vingtième siècle, et n'hésitant pas à le rappeler), il accable avec verve ceux qu'il considère comme des classiques. La sensation d'être proche de ce personnage tient à cette identité de sa langue parlée avec son style écrit. Et c'est cette langue qui permet aussi  à l'homme de descendre de son piédestal. Aux questions posées, les réponses se font de plus en plus passionnées, vindicatives, incontrôlables, donnant un rythme effréné à l'interprétation de Marc-Henri Lamande. 

 

 Cette précipitation renforce la sensation de spontanéité, et impressionne réellement. On croit vraiment entendre Céline, moins par la maîtrise atteinte, que par cette accélération matinée de confusion, de trouble, qui accentue le caractère vivant de la prestation. Quand on apprend que le comédien n'a pas voulu écouté les entretiens radiophoniques en question, on peut être sûr qu'il en est un grand lecteur.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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