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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 22:47

 

 

 

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Elle brûle

 

par la compagnie les Hommes Approximatifs

 

mise en scène de Caroline Guiela Nguyen

 

Ecrit par Mariette Navarro

 

Avec Boutaïna El Fekkak, Margaux Fabre, Alexandre Michel, Ruth Nüesch, Jean-Claude Oudoul, Pierric Plathier

 

 

 

  "Elle brûle" : le titre, aussi simple que magnifique, se charge d'une grande potentialité imaginaire. Elle, c'est Emma, comme celle du célèbre roman de Flaubert ; mais c'est aussi un fait divers sur le suicide d'une femme que Caroline Guiela Nguyen a suivi avec une attention particulière.

 

 Avant que le spectateur entre dans la salle, la metteuse en scène (membre du collectif les Hommes Approximatifs) l'amène  à parcourir une sorte de cabinet de curiosité : des deux côtés d'une allée sont disséminés des objets du quotidien, télé, ordinateur, lait de soja, etc ; un nombre incalculable de petites choses chargées de renforcer l'aspect réaliste de la pièce, son ancrage dans une immédiateté palpable. Rapport au réel mais tout aussi vestiges qui évoquent un temps révolu.

 

 A partir de là, entrer dans la salle et suivre la famille ressemble à un compte à rebours, comme un flash back (et dans l'histoire, il y a véritablement un retour en arrière) où l'on serait amené à observer une indéfectible dissolution. Il y a un quotidien qui est minutieusement dépeint dans "Elle brûle", manière de prendre appui sur un socle qui, petit à petit, va voler en éclats, mais sans aucun coup de force. Si la pièce est longue, c'est aussi pour mieux livrer ces imperceptibles glissements, pour mieux disséminer les quelques signes d'une lente dérive, d'un déraillement certain : un téléphone qui sonne, se préparer à sortir.

 

 Le temps à l'oeuvre dans la pièce, c'est aussi celui destiné à livrer des gestes quotidiens, répétitifs, comme le passage d'un homme à tout faire (Alexandre Michel), la préparation d'un petit déjeuner. Comme s'il fallait, pour entretenir l'illusion d'un bonheur, s'assurer que, même dans les petits actes, il y avait une petite parcelle de bonheur. Et cela donne, sur un mode grotesque, les facéties du père, les jeux avec sa fille.

 

 Mais ce réalisme-là - avant que n'opère la vraie bascule - ne renverrait qu'à une réalité étroite, bouchée, si ne perçait pas, par l'intermédiaire de la mise en scène, une dimension autre, aux limites du fantastique. Il y a en particulier cette chambre, théâtre de moments intimes entre Emma et son amant, d'où surgit une figure au départ inquiétante, mais qu'on assimile ensuite à un ange gardien. On ne manquera pas de comparer ce gros bébé à l'univers de Joël Pommerat (en particulier "Ma chambre froide").

 

 Une belle attention est prêtée au passage des saisons, dans "Elle brûle" : des rideaux qu'on ferme ou ouvre témoignent de l'intensité de la lumière d'été, tandis qu'un orage éclate, produisant quelques éclairs. De très belles scènes (comme la discussion d'Emma avec le professeur qui vire en vexation mutuelle, au point qu'il n'arrive plus à parler) cotoient des moments plus délicats (le père qui rentre et voit l'homme à tout faire en pyjama, déclenchant la scène la plus violente de la pièce). Précisément, lorsque le jeune homme quitte la maison, il enlève tous les vêtements qu'il portait, partant nu, façon de signifier que son existence n'avait de sens que dans les services qu'il rendait à la maison.

 

 Pourtant, dans cette pièce sensible, où le désir d'idéal voisine avec une forme de trivialité du quotidien, on peut sentir un déséquilibre. Ce n'est pas tant la longueur qui est en cause, mais bien plutôt quelques scènes par-ci par-là, qui gênent, comme celles avec la mère, dont on ne comprend pas bien la nécessité dramatique. Et si Boutaïna El Fekkak joue avec une grande sensibilité le personnage fragile d'Emma, il n'est pas évident au départ de coller à ce rôle, tant l'expression de la comédienne est ténue, sa voix portant peu. Mais il y a aussi une manière de signifier que dans cette prestation évanescente, le personnage est en quelque sorte déjà parti. Son destin est tracé et il n'y a plus, dans un final opératique assez glaçant, qu'à parachever cet itinéraire.

 

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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commentaires

Iris 03/12/2014 00:17

Pas facile effectivement d'entrer dans cette pièce que je viens de voir dans ma commune, un peu longue, un peu trop de petits déjeuners... L'alternance des saisons n'a d'égal que les etapes de la petite fille vers l'adolescente pour rythmer la vie de cette famille. Quelques scènes inutiles ou que je n'ai pas compris. Et un final décalé. Je n'ai pas accroché....

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