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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 16:00

 

 

 

 

 

 

En Atendant

 

Spectacle d'Anne Teresa De Keersmaeker

 

 Après le conceptuel "3Abschied", avec Jérôme Bel, Anne Teresa De Keersmaeker revient au Théâtre de la Ville avec une nouveau spectacle. Elle opère ainsi un retour à ce qui a longtemps fondé sa relation à la danse : la présence de musiciens sur scène. Après le chant profond et mélancolique du "Chant de la terre", elle remonte le temps en convoquant une musique médiévale, l'Ars Subtilior. Il y a le gage d'une écoute attentive, de voix voluptueuse, comme le cinéaste Eugène Green nous l'avait fait entendre dans son film "Le Pont des Arts". De la musique, il y en aura en effet, et rien que de la musique, dès le début de "En Atendant". Seulement, ce ne sera pas celle à laquelle on s'attendait. Un musicien vient se positionner à l'avant-scène, seul, et entame pendant près d'un quart d'heure un morceau avec sa flûte traversière.

 

 Ce long préambule étonne, fascine, autant qu'il peut déstabiliser. Là ou l'oreille s'apprête à recevoir de délicates mélodies chantées, c'est un écoulement sonore continue qui surgit, rythme contemporain peu dynamique, fondé sur la richesse du timbre. L'étonnement éprouvé devant cette oeuvre provient du recours à la respiration circulaire, technique reposant sur l'utilisation par le flûtiste d'un souffle d'air continu tout en jouant une mélodie. 

 

 Vient enfin le moment où, avec le soutien d'une chanteuse de l'Ars Subtilior, une danseuse apparaît sur scène pour exécuter les figures emblématiques de la danse de la chorégraphe flamande. Là encore, cette présence surprend par son caractère atypique. Danseuse aux grands pieds, longiligne, aux traits du visage découpés comme une tête de rapace, digne des bandes dessinées. Cette présence renvoie à une forme d'expérimentation présente chez la chorégraphe au début de la décennie 2000 (le passionnant "In real Time") où il s'agissait de confronter des corps de danseurs à ceux de comédiens. Même un danseur au physique robuste, lancé dans une prestation endiablée - entre Wim Vandekeybus et Jan fabre - traduit cette volonté de créer des écarts par rapport à un style dansé emblématique.

 

 On sent dans ce spectacle un désir de passage : entre des formes musicales très éloignées temporellement ; entre des postures chorégraphiques éprouvées (les courses, notamment) et la volonté d'accompagner des corps vers d'autres champs. Il en résulte l'un des plus savoureux moments du spectacle, où un danseur suit un autre lancé dans de  beaux mouvements donnant l'impression d'être improvisés. Passage encore entre clarté chorégraphique - par l'individualisation de certaines danses - et exigence visuelle pour les spectateurs : un large néon disposé au plafond dispense une lumière vive, véritable épreuve pour les yeux.

 

 "En Atendant" est donc conçu dans un entre-deux (expérimentation et retour vers le passé). Pas le spectacle le plus novateur de Anne Teresa De Keersmaeker, mais à prendre sûrement comme une promesse d'ouverture vers d'autres horizons. En attendant...

  

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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