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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 10:10

 

 

 

 

 

La ronde du carré, de Dimitris Dimitriadis

 

Mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti

 

Avec Anne Alvaro, Julien Allouf, Cécile Bournay, Luc-Antoine Diquerro

 

 Avec "La ronde du carré", on tient à coup sûr l'un des spectacles les plus vertigineux de la saison. Une pure jubilation théâtrale, une virtuosité de mise en scène qui laisse pantois d'admiration dès lors qu'on s'abandonne à une mécanique scénographique parfaitement rodée. Fauteuils gonflables, tables qui disparaissent subitement, tirées par un fil invisible au point d'évoquer l'apesanteur propre au dessin animé, pans de décor qui descendent sur scène : cette visibilité constante des changements de scène, évocatrice des décors en kit, loin de créer une anarchie, traduit une maîtrise de l'agencement des séquences.

 

 Dans cette pièce relatant les déboires amoureux de quatre couples, Dimitriadis choisit de donner à ses personnages des noms curieux, comme pour défaire toute singularité dans leur histoire respective et leur conférer une aura universelle. Il y a par exemple Vert et Verte, le premier infligeant un supplice à la deuxième, sa femme revenue au foyer deux ans après une rupture. Mais peu importe les noms postiches, puisqu'ils ne sont pas entendus. Au théâtre, la nomination importe bien moins que l'incarnation. Ces histoires, par l'animation incessante qui les caractérise, se dotent bien souvent d'une dimension vaudevillesque. Mais la progression délirante que subit la pièce, l'emballement des passions, inaugurées par la répétition des séquences, apportent son lot de folie débridée.

 

 La pièce de Dimitris Dimitriadis s'avoue comme telle : une variation, au point que le mot, vers la fin, est prononcé dans ce qu'on pourrait croire une mise à distance critique, auto-réflexive.  Mais, au point d'intensité maximal qui est atteint, il s'agit moins d'une posture intellectuelle qu'une manière, pour les personnages, de conserver un peu de raisonnement dans le débordement auquel ils sont soumis. Garder la lucidité d'une forme quand tout se défait. Car la force inouïe de ce spectacle réside précisément dans cette progression dramatique qui, d'implacable, devient proprement folle.

 L'image emblématique de cette folie qui gagne ce spectacle est peut-être celle de cet homme nommé Vert, véritable bourreau de sa femme qui, aliéné par sa cruauté, joue du tambour. La réitération incessante des scènes, la mécanique auto-aliénante des positions morales, finit par affecter la réalité des conduites, produisant à la longue un effet comique. Le rire, disait Bergson, c'est du mécanique plaqué sur du vivant.

 Jeu de variations, donc. Musical, donc. On sait à quel point, depuis Bach, la trituration d'un thème musical, aussi beau soit-il au départ, conduit peu à peu à une sorte d'oubli de la forme initiale, quand celui-ci s'enrichit peu à peu de thèmes plus développés.

 Abandon. Dépassement des effets. Croisements et amplifications. Tout cela ne serait que pur jeu formel (et quel jeu !) si ce spectacle remarquable n'était pas servi par des comédiens extrêmement impliqués. Ils arrivent à ce point à habiter leur rôle que peu à peu, dans le vertige auquel ils sont livrés, c'est la matérialité des corps qui transparaît, à travers notamment la nudité. Il y a également, dans certaines scènes, le plaisir d'assister à la transformation de certains d'entre eux jouant plusieurs rôles. Quand les personnages, avec leurs histoires respectives, ne se rencontrent pas, ce sont ces changements livrés à nos yeux ébahis qui créent le passage, la suture.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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