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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 08:35
 
 
 
District 9
 
Film de Neil Blomkamp
 
Avec Sharlto Copley, David James (II), Jason Cope
 
 Quand bien même on serait éloigné d'une appétence pour le cinéma fantastique, il est difficile de ne pas reconnaître de prime abord une certaine originalité à ce film. Il est d'emblée patent qu'il se distingue de la majorité des productions du genre en ce qu'ici, la présence des extra-terrestres n'est pas progressive, invasive - figure quasi obligée du genre - mais avérée dès l'ouverture du film. Point donc, au départ, de suspense narratif, de crescendo dramatique et d'affrontements qui font la spécificité du genre. La façon, impressionnante, dont trône le vaisseau spatial dans le plan, dès l'ouverture, dit combien l'objet impose sa présence. Tout comme, au fond, son mode de filmage en forme de reportage d'actualité le situe paradoxalement à une place ni plus ni moins importante qu'un autre élément.
 
 Installé depuis vingt ans au dessus de Johannesburg, massif ou pas, il fait tout simplement parti du paysage. Les extra-terrestres parqués dans le district 9, s'ils subissent une sorte d'apartheid, n'en sont pas moins parvenus, à force d'habitude, à se faire comprendre des humains. Ils sont, en quelque sorte filmés à "hauteur d'homme", pour reprendre l'expression dévolue à l'esthétique du cinéaste américain Howard Hawks. C'est peut-être la raison pour laquelle la métaphore du film, relative à leur statut discriminant, fond assez rapidement devant la tournure que prend l'intrigue. Car,  après le début surprenant, il ne faut pas s'attendre longtemps à voir un film contemplatif teinté d'humanisme façon "E.T".
 
 Il y avait quelque chose de prometteur dans cette dimension réaliste soulignée par cette caméra tressautante, ces micro-trottoirs, cette absence inaugurale de conflit guerrier. Il s'agit certes de transférer les extra-terrestres du district 9 vers une autre zone en vue de récupérer leur armement, mais cette action n'est en soi pas porteuse de conflit, tant les moyens mis en oeuvre sont disproportionnés. Nous suivons une équipe de la MNU, sorte de référence à l'ONU, conduite par Wikus van der Merve (Sharlto Copley), bonhomme porté par une volonté conciliatrice.
 
 Sa façon de vouloir parlementer avec les habitants des taudis sur le pas de leur porte est teintée d'un vague pacifisme paternaliste. Un mélange de naïveté et de bonhomie. Impliqué dans sa mission, mais comme inconscient de la distance à adopter par rapport à ces extra-terrestres, comme s'il se trouvait face à des marionnettes plutôt qu'à des créatures dangereuses. C'est cette familiarité insouciante qui va le perdre progressivement, lors de la fouille d'une baraque. C'est à partir de ce moment que s'opère la bascule, que Wikus s'inscrit dans un récit qui va le déborder de toutes parts.
 
 C'est aussi à partir de là que, malheureusement, le film emprunte un terrain fictionnel beaucoup moins surprenant. Wikus, infecté par un fluide, qui se transforme progressivement (on est du côté de "La mouche" de Cronenberg); poursuivi, se liant avec un extra-terrestre, termine son initiation douloureuse en fusionnant littéralement son corps avec un robot géant sophistiqué en vue d'affronter les méchants humains. Là, on bascule ouvertement du côté de Paul Verhoeven, dans un mélange de "Robocop" et "Starship Troopers". Mais ces références n'aident en rien le film de Blomkamp, qui installe définitivement l'action au centre de la machine narrative. Reste la troublante dernière scène qui revêt, par sa manifestation impromptue, sa résolution apaisée, des allures du cinéma poético-cyberpunk de Shinya Tsukamoto, "Tetsuo" en particulier. Référence consciente ?
 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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