Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 22:36

 

 

 

 

 

 

 

 

Fengming, chronique d'une femme chinoise

 

Film de Wang Bing

 

 

 Dans "Fengming, chronique d'une femme chinoise", le discours est intense. Pourtant, pour qui est un peu au fait de l'histoire de la Chine, il ne surprend pas. Tant de documentaires se sont attelés à en révéler les rouages horribles - alors que l'épisode est peu mis en avant en Chine. Seulement, passer cette histoire par le moule d'une seule voix a quelque chose de particulier. Plus encore, le dispositif minimal adopté par Wang Bing permet au témoignage de cette femme d'atteindre une dimension vertigineuse.

 

 Ce dépouillement visuel destiné à favoriser l'épanchement d'une femme est très éloigné d'une intention esthétique. Au contraire, en rétrécissant le cadre à un appartement banal, où trônent les objets du quotidien (des oranges sur un fauteuil, par exemple), Wang Bing laisse advenir la parole. Vertu de l'effacement qui a valeur analytique, tel un patient se confiant sur un divan. A partir de là, une fois que cette confidence est déclenchée, elle ne semble plus pouvoir se tarir.

 

 Et c'est là qu'indépendamment du contenu constamment horrifique du récit, c'est l'écoulement de cette parole, pure embardée fluviale, qui laisse pantois. Certes, on apprend plus loin dans ce documentaire, que la femme a écrit un livre sur son histoire, ce qui justifie la précision de sa mémoire, mais parler n'est pas écrire. On ne met pas en œuvre les mêmes modalités suivant qu'on adopte l'un ou l'autre de ces moyens de communication. Citations, dates, personnages, rien ne semble pouvoir stopper cet épanchement : ni le fait d'aller aux toilettes, ni de répondre au téléphone.

 

 L'effacement du cinéaste est tel qu'il ne semble même pas prendre en compte l’assombrissement progressif de la pièce. Il finit quand même, après un long moment, par lui demander d'allumer, alors que le spectateur devait déployer un surcroît d'effort pour distinguer ses traits. Son visage (beau), on le verra, quelquefois, à mesure que Wang Bing consentira à s'en rapprocher, mais pas forcément pour en révéler les imperceptibles variations - elle garde les yeux mi-clos la plupart du temps, comme une façon de se projeter à cette terrible époque. Plus subtil, les quelques fois où sa voix tremble, où l'émotion infléchit enfin l'implacable déroulé du récit, la caméra retrouve une distance pudique salutaire.

 

 Force d'une parole lancée jusqu'au bout de la nuit. Force d'un film qui, dans sa volonté de rester dans une captation sobre, dit beaucoup sur la capacité du cinéma à faire surgir les fantômes de l'Histoire.

 


Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche