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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 09:21
 
 
 
Yuki et Nina
 
Film de Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot
 
Avec Noë Sampy, Arielle Moutel, Tsuyu Shimizu, Hippolyte Girardot
 
 Il peut être amusant, de prime abord, de tenter de savoir quelle est, dans la réalisation de ce film bicéphale, la part imputable à Nobuhiro Suwa et à Hippolyte Girardot. Compte tenu de l'arrivée tardive derrière la caméra du grisonnant  Girardot, rompu jusqu'alors au statut d'acteur, l'expérience de Suwa nous amènerait, dans l'ignorance dans laquelle nous nous tenons, à lui attribuer l'essentiel de cette oeuvre. D'autant plus que nous retrouvons dans "Yuki et Nina" l'un des thèmes de prédilection du cinéaste japonais : la question du couple et son corollaire, la rupture, représentée notamment dans "M/Other" et "Un couple parfait", titre ironique s'il en est. Mais, à vrai dire, quand on connaît la manière avec laquelle Suwa élabore ses films (improvisation, mais aussi étroite participation de ses comédiens au scénario - voir "M/other "-), il n'est pas douteux que la collaboration avec le comédien français ait été féconde.
 
 Le moindre qu'on puisse dire, c'est que "Yuki et Nina" est hanté par la figure du double : à travers le titre, les deux réalisateurs, les deux nationalités, les deux espaces renvoyant à deux territoires culturels. Le moteur principal impulsant à la fiction sa dimension onirique tient également à la double séparation de leurs parents à laquelle sont confrontées les deux petites filles, Yuki et Nina. Cela leur permet, dans une proximité réaffirmée, d'exalter leur imaginaire au point d'envisager la fuite. C'est la force de cette fiction que de quitter le monde des adultes - en même temps qu'on abandonne le thème principal des films de Suwa - pour faire en sorte que ce soit les enfants qui prennent en charge la conduite de la fiction, qui la fassent dériver vers une dimension débordant le réalisme.
 
 Car avec cette pénétration dans la dimension du rêve, c'est précisément l'étroitesse du champ des adultes, réduit à une inexorable distance, que les enfants cherchent à quitter. Il n'y a même pas de retour compensateur à une figure paternelle pour Nina, puisque la maison qu'elle investit avec Yuki (celle du père) est vide. La première incursion d'un adulte dans leur retraite (une voisine) se solde par une fuite irrémédiable. Dans cette échappée de la réalité où il s'agit de retrouver un plaisir compensateur, certaines scènes fonctionnent comme des pendants idéalisés du début.
 
 Il y a par exemple celle, magnifique, au Japon, avec la grand-mère servant à manger aux enfants. Cette séquence, ouverte sur l'extérieur, associée au pur plaisir gustatif, est le pendant idyllique d'une autre dans la première partie du film, lors d'un dîner de Yuki avec ses parents. Le climat y est étouffant, en plan fixe. On y retrouve une certaine manière japonaise de fonctionner, avec table basse, en s'asseyant par terre, mais Yuki, qui a participé à la préparation du dîner, est à peine remerciée. Moment peu harmonieux, s'il en est, où une nouvelle dispute finit par éclater. Dans le glissement onirique, idéalisé, vers le Japon, Yuki trouve aussi sa meilleure amie japonaise ; son double.
 
 Dans la représentation de la nature, le plus beau est sans doute le moment où Yuki, seule, débouche dans une sorte de clairière devant laquelle, en un plan large, elle reste immobile. Au dessus d'elle se dessine comme une arche sombre. C'est ce moment qui figure la sortie de la forêt, le glissement vers le Japon, au son caractéristique des grillons, tellement entendu dans bon nombre de films japonais. Pas de fondu au noir ou de montage particulier pour signifier ce glissement. Dans une symbolique psychanalytique, cette zone serait comme une représentation du ventre maternel de laquelle s'arrache la petite fille.
 
 Conte initiatique à rebours, "Yuki et Nina" inscrit l'arrivée au Japon comme découverte de la terre natale de la mère. Mais, plus encore, c'est le contact avec la grand-mère qui représente une forme d'idéalisation, de suppléance d'une relation maternelle, par la satisfaction orale qui en résulte.
 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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