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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 22:00

 

 

                 

         Photo : Kamel Moussa

   

Ground and Floor

 

Texte et mise en scène de Toshiki Okada

 

Avec Taichi Yamagata, Makoto Yazawa, Yukiko Sasaki, Mari Ando, Izumi Aoyagi

 

 

De l'aveu même de Toshiki Okada, son univers théâtral est en train de basculer vers la fiction. Difficile ici de rendre compte de la trajectoire du metteur en scène japonais, ni de corroborer ses propos, puisqu'il s'agit d'une découverte.

 

  Le 11 mars 2011 aura décidément été un moment crucial pour bon nombre d'artistes japonais. C'est en tout cas par ce dramatique évènement, qui n'a pas fini de faire des dommages collatéraux, que Toshiki Okada explique son virage vers la fiction. Pour un néophyte cependant, la matière présentée sous ses yeux demeure d'une radicale étrangeté. Dans "Ground and Floor", il est question de l'intrication de la vie et de la mort (par l'entremise d'une mère qui s'adresse aux vivants), de la disparition d'une langue.

 

  Cette question de la langue (japonaise), qui métaphorise le drame nucléaire auquel est confronté le Japon, constitue la partie la plus divertissante de la pièce. Une manière d'interlude qui, comme le kyogen dans le théâtre No, apporte un moment de détente : une comédienne, parlant à toute vitesse, livre une partie qui, dans son accompagnement musical (très percussif) prend des airs de performance jazzy. Le spectateur a alors l'impression que les sous-titres français, inscrits savamment au coeur de la scène, n'arrivent pas à suivre cette vitesse d'exécution. D'autant plus que la comédienne, au terme d'une tirade précipitée, s'arrête pour contempler les sous-titres qui défilent.

 

 Cette scène, moment auto-réflexif où le langage parlé se retourne sur lui-même de manière critique (et graphique), est sans doute la partie la plus riche de la pièce. Avec le minimalisme généralisé de l'esthétique de Toshiki Okada, tout cela pourrait paraître d'un intellectualisme forcené. Pourtant, derrière la mécanicité des paroles (les monologues dominent), la pièce est constamment traversée par des références à la réalité, en particulier au monde du travail : c'est notamment par un des personnages masculins, (un des deux frères), qui accède à une certaine dignité en trouvant du travail, ce qui lui permet de rembourser son frère.

 

 Mais c'est aussi par la représentation des corps que se distingue l'originalité de Toshiki Okada : dans cet univers globalement statique, où les comédiens se déplacent parfois comme des fantômes, les expressions chorégraphiques abondent. Aux confins de l'immobilité percent souvent des gestes, qui balancent entre glissements mesurés et débordements improvisés. Dans bon nombre de scènes, il est parfois difficile de localiser une parole, tant elle semble déconnectée du corps du locuteur. La voix blanche des comédiens, dédramatisée, dévitalisée, les fait pencher vers des postures robotisées - perce alors le souvenir récent des spectacles d'Oriza Hirata utilisant des androïdes dans ses pièces.

 

 En cela, "Ground and Floor", en combinant plusieurs strates de représentation, où les spectres ont leur place, où les personnages témoignent de leur désir de vie, laisse traîner sur la scène un petit parfum envoûtant.

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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