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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 11:46

 

 

 

 

 

Habemus papam

 

Film de Nanni Moretti

 

Avec Michel Piccoli, Nanni Moretti, Jerzy Stuhr

 

 "Habemus papam"  se pare d'un geste d'une ampleur inédite chez Nanni Moretti. Le début du film, dans l'espace imposant du Vatican, invite le regard du spectateur à une exploration de la grandeur du lieu, au sein duquel évoluent des hommes plus en relation avec les dieux qu'avec leurs congénères. Ce mouvement d'ouverture renvoie beaucoup à une forme picturale, où l'on prend le temps d'admirer l'harmonie des couleurs des habits pontificaux, tout comme la géométrie des alignements. Le film de Xavier Beauvois, "Des hommes et des dieux", avec cette tendance à la contemplation des visages, repeuple notre mémoire dans certaines de ses séquences.

 

 Mais on sait à quel point Moretti, longtemps chantre de l'intime, du narcissisme (le seul titre "Je suis un autarcique" est suffisamment évocateur), ne pourra pas se cantonner dans cette hauteur de vue quasi hollywoodienne. Les effets d'équilibre, d'harmonie, se dégonflent très vite à mesure que le doute s'installe dans l'esprit de Piccoli. Le basculement, aussi grotesque qu'émouvant, plonge le film dans une régression à laquelle Moretti, en véritable auteur comique, nous a longtemps habitués. Mais cette fois-ci, la figuration régressive n'est plus prise en charge par Moretti lui-même, mais par Michel Piccoli.

 

 A un moment, le nouveau pape, pris de panique devant l'immensité de sa fonction, clame un "aiutare" (au secours). On a entendu plusieurs fois cette expression dans certains films du Moretti de la période "autarcique" ("Palombella rossa", certainement, qui est aussi un film de crise). Son personnage, croulant dans sa volonté de mener les choses à sa guise, finissait, dans une panique infantile, par appeler un bol d'air. Ici, Piccoli trouve sa respiration avec son échappée vers le théâtre et ses rêves d'enfance, tandis qu'une mascarade est dressée pour faire croire qu'il est toujours dans sa chambre à se reposer. Ce rôle, où Piccoli excelle, n'est pas sans évoquer sa sublime prestation dans le film de Oliveira "Je rentre à la maison".

 

 Mais, en inversant les effets grandiloquents appelés par l'ampleur du sujet, Nanni Moretti installe comme un ventre mou au coeur de son film. Porté par un cynisme doux, il serait facile de penser que lorsque son personnage de psychanalyste fait jouer les cardinaux au volley-ball, c'est une diatribe contre la religion qui perce. Mais fi... Au contraire : lors d'une belle séquence nocturne, Moretti filme les cardinaux dans leur intimité, réduits à l'état d'hommes ordinaires. C'est plutôt une sorte de tendresse qui affleure dans le regard porté sur ces cardinaux ; attachement à leur condition, à leur doute.

 

 Dès lors, c'est la position même de Moretti dans son film qui devient problématique. A ne rien vouloir renverser, critiquer, contrecarrer par des poussées cyniques, il condamne son personnage à la passivité la plus totale. N'ayant plus aucun contrôle sur rien (son discours psychanalytique est très vite censuré ; il est cloîtré dans le Vatican ; il ne peut même pas mener à terme sa partie de volley), il en arrive à une vacuité qui affaiblit son personnage. Avec le retour au bercail du pape désigné, il plane alors sur le film un retour à l'ordre pour le moins confortable, légèrement déjoué, de manière chaplinesque, par le discours final sur le "Miserere" d'Arvo Part. 

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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