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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 15:45

 

 

 

 

 

 

Ha Ha Ha

 

Film de Hong Sang-soo

 

 

Avec Kim Sang-kyung, Moon So-ri, Jun-Sang Yu

 

 

  Il est des cinéastes qu’on fréquente avec une telle constance qu’on en arrive à s’installer dans un cercle de familiarité, tant on a l’assurance de retrouver, en s’asseyant dans une salle de cinéma, des saveurs déjà fréquentées. On imagine avec peine, comme lorsqu’on entre dans un restaurant de quartier, être déçu par les plats qu’on nous amène, comme si un contrat d’excellence avait été tacitement passé avec le cuisinier. Qui plus est, comme lors de l’avant-première à la Cinémathèque française de "Ha Ha Ha", la présence physique de Hong Sang-soo apparaissait comme une garantie objective de ce plaisir. Précisément comme un chef jamais vu dans un restaurant familier qui viendrait, de sa présence palpable, valider l'origine des saveurs acquises. 

 

 Avec la réalisation de "Ha Ha Ha", Hong Sang-soo signe déjà son onzième film. C’est cette régularité de tournage qui asseoit également, pour le spectateur, une fidélité de métronome. Mais pour qui veut garder un recul critique, s’écarter d’une béatitude admirative anesthésiant le jugement, une question essentielle se pose : "Qu’est-ce que ce sera, cette fois-ci ?", tant Hong Sang-soo fait partie de ces cinéastes obsessionnels rongeant toujours le même frein. Si chez bien des cinéastes filmant régulièrement (comme Woody Allen), on s’attend à des variations sur les relations humaines, avec l'humour comme moteur , rarement on aura trouvé dans l'univers d'un cinéaste un marqueur aussi fort comme cela se présente chez Hong Sang-soo. Ce marqueur, l’alcool, qui irrigue un grand nombre de séquences dans ses films, est la béquille sans laquelle son univers donnerait, sinon l’impression de s’effondrer, tout au moins d’entraîner un virage radical.

 

 Nous n’en sommes pas encore là avec les films de Hong Sang-soo. Mais petit à petit, une discrète évolution s’opère. A priori, "Ha Ha Ha" est un film plus sage que ses précédents opus, sur le plan esthétique en tout cas. On n’y trouve pas les coupures narratives nettes, souvent présentes en milieu de films, qui relance l’intrigue vers d’autres méandres relationnelles. La dimension onirique, si troublante encore dans "Les femmes de mes amis" - au point de créer des pertes de repère aussi bien pour les personnages que les spectateurs – est en retrait ici : on a droit à une séquence loufoque d’un personnage issu d’une peinture qui s’incarne dans un rêve.

 

 Plus sage, donc moins fort, moins habité ? Pas sûr ! L’intérêt de "Ha Ha Ha" est précisément d’opérer des déplacements, des interrogations sur la manière dont Hong Sang-soo envisage ses personnages et leur rapport au monde – autant dire le rapport entre les hommes et les femmes, dont la séduction est le prisme principal. Contrariant de plus en plus ses plans fixes - moteur esthétique de son univers permettant le déploiement de la parole -, il introduit de surprenants recadrages au zoom. Selon Hong Sang-soo, il est inutile de chercher d'autres raisons que techniques pour expliquer cet usage voyant. Pas de moralisation de l'image donc attachée à cet usage. Il le fait quand il le peut.

 

 Quand précédemment, comme pour compenser la fixité des plans, Hong Sang-soo procédait à un bouleversement temporel, il insuffle à présent de plus en plus une dynamique au sein des corps. On ne dira jamais assez comment l'ivresse permet une plasticité des attitudes, en même temps qu'un franchissement des motivations. Cela introduit, en matière d'action, des paradoxes étonnants : voir Jo Munkyung, le réalisateur, dans un état d'ivresse avancé, aller présenter sa jeune amante à son oncle fait partie, chez Hong Sang-soo, de ces scènes passionnantes au point de devenir anthologiques. On y trouve la conjugaison d'une motivation sérieuse (la passion pour une femme) et d'un état hors contrôle. Il s'endort très vite en s'affaissant au pied de l'oncle. C'est la force de ces scènes d'introduire une indétermination dans un univers au départ foncièrement réaliste. Celle avec la mère partie pour donner la fessée à son fils se terminant par des frappes sur les mollets atteint un très haut degré de régression.

 

 C'est la force de ce cinéma qui, avec des outils rudimentaires  - dont les zooms traduisent une certaine désinvolture - donnent à voir un frémissement jamais démenti. La durée accordée aux personnages dans chaque plan leur permet d'y faire advenir, pour notre plus grand plaisir, les variations les plus troublantes de l'être humain.

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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