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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 21:17

 

 

 

hiroshimamonamour.jpg

 

 

Hiroshima, mon amour

 

Texte de Marguerite Duras

 

Mise en scène de Christine Letailleur

 

Avec Valérie Lang, Hiroshi Ota, Pier Lamandé

 

   

 Il faut saluer d'emblée la démarche de Christine Letailleur qui, en adaptant "Hiroshima, mon amour" au théâtre, s'attelle à une tâche difficile. Il s'agit ni plus ni moins que de se confronter à deux monstres imprégnant les mémoires : le texte de Marguerite Duras, chargé d'un lyrisme indémodable, et le film d'Alain Resnais, oeuvre phare de la modernité cinématographique.

 

 On ne peut pas imaginer que face à ces deux oeuvres - qui se nourrissent l'une l'autre pour exalter leur force respective - il ne puisse se poser des questions d'hommage, de fidélité ou de dépassement. La question se pose également pour tout spectateur qui, ayant vu le film de Resnais, sent se réactiver en lui des flux d'images et de sons.

 

 Avec sa mise en scène des corps au début du spectacle, Christine Letailleur semble tirer cette adaptation scénique vers une imagerie exaltant une dimension plastique. On est proche d'une installation chorégraphique, où les corps nus sont sculptés par la lumière, s'extrayant peu à peu de la pénombre. C'est digne d'un Gilles Jobin, dont on avait pu voir, dans la même salle le lumineux "Braindance".

 

 Cette approche où les corps des comédiens se dessinent en des poses de statues grecques conforterait l'aspect plastique si la voix n'était pas présente dès l'abord. On guette avec une attention particulière les timbres de Valérie Lang et Hiroshi Ota. Si celle du comédien japonais, avec son accent caractéristique, évoque beaucoup celle du film de Resnais - beaucoup liée à sa simple scansion incantatoire -, celle de Valérie Lang se signale par un rythme différent, où une neutralité le dispute avec une vitesse de diction. Comme un défi au lyrisme appelé par la nature du texte ; mélange d'éléments sensibles et réflexifs, noués par des phrases aux tournures assez complexes.

 

 Mais cela ne dure qu'un temps : celui de cette évocation intemporelle. Quand les corps sortent de leur valorisation esthétique, ce sont aussi les dialogues du texte qui se révèlent, et prennent ainsi une plus grande immédiateté. Deux êtres s'aiment, parlent de la fragilité de leur relation à l'échelle d'un conflit mondial. Les corps en vibrent autrement. Et la mise en scène aussi, qui exploite alors beaucoup plus de pistes, au risque de balayer l'unité graphique du départ : extraits du film d'Imamura, "Pluie noire", images difficiles de l'actualité d'Hiroshima, projection digne du théâtre d'ombres, lumières de boîte de nuit.

 

 Il s'agit par là d'arracher des corps de la nuit de l'oubli et de la douleur pour les envelopper dans un miroitement fébrile de sons, de lumières et d'images, comme pour signifier à quel point ils sont vivants. Dans cet exercice, les comédiens prennent peu à peu place en affirmant leur personnage, au-delà de tout référentiel. Valérie Lang qui, dans sa nudité inaugurale, semble tout droit surgir de "Sodome, ma douce", campe la femme avec beaucoup de conviction. Sa voix, chaude, grave, a peu à envier à celle, entêtante, d'Emmanuelle Riva dans le film de Resnais. Hiroshi Ota, sorti de sa caractérisation vocale typiquement japonaise, s'incarne parfaitement dans le corps de l'amant : souple, souriant, profond. Cet "Hiroshima, mon amour", entre souci de renouvellement et hommage, réussit à installer une atmosphère troublante.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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