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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 15:00

 

 

 

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                                         Photo : G. Jumarie 

 

  Homayoun Sakhi, rubab

 

Accompagné par Guéda Mohammad, Zolaï, Mirwaz Kazemi, Salar Nader

 

 

 Il est parfois des ambiances très singulières au Théâtre de la ville, dès lors qu'il s'agit de musiques traditionnelles. En ce dimanche 8 mai, toute une journée a été consacrée à la culture afghane, à travers salon de musique, lectures poétiques, films documentaires, ateliers musicaux. Elle s'est conclue par un concert consacré à la musique traditionnelle afghane, dans une veine plus populaire. Bien que ce style ait été régulièrement représenté au Théâtre de la ville, un parfum particulier régnait dès que l'on entrait dans le hall, du fait de la présence conséquente d'afghans, ou plus largement, de personnes d'origine persane. Des traits de visages, restitués par une actualité télévisée tragique, surgissaient devant nous. Dans la salle, quelques hommes peinaient à trouver leur place, et on croyait distinguer, à travers leur peau plus claire que la majorité des afghans, et leurs yeux bridés, une provenance de la région de Bamiyan, où vivent les hazaras, ethnie d'origine mongole persécutée par les talibans.

 

 Le port vestimentaire des musiciens apparaissant sur scène prolonge cette impression forte de voyager, mais uniquement en fonction de l'aspect festif véhiculé par la musique. Centré autour d'Homayoun Sakhi, joueur de rubab né en 1976, le concert se veut une passerelle entre les générations. En effet, aux côtés de Sakhi, assis comme tous les autres en tailleur, on distingue, avec sa barbe blanche, Guéda Mohammad, né en 1939, déjà présent sur la même scène avec Mohammad Rahim Khushnawaz, l'un des plus célèbres joueurs de luth d'Afghanistan. Son instrument, le dôtar, luth à long manche, produit un miroitement de notes fines, cristallines, évocatrices de diamants qui s'entrechoqueraient dans un tamis. 

 

 Si le début du concert se révèle agréable, tranquille sur le plan mélodique, de par l'unisson des instruments, il se teinte d'une touche sonore inhabituelle avec la présence d'un flûtiste, qui apporte une douceur à l'exécution. L'équilibre du concert est tel que chacun aura droit à son moment soliste, où il pourra mettre en valeur son instrument. L'accueil du public sera à chaque fois chaleureux.

 

 

 

 Mais c'est avec la prestation de Homayoun Sakhi, à la moitié du concert, que l'on passe à une toute autre dimension. Jusqu'ici soucieux, dans un élan communicatif, de jouer avec ses partenaires, il s'adonne à un morceau soliste, avec accompagnement réduit, c'est-à-dire soutenu par un joueur de tabla assis à sa droite. Là, nous ne sommes plus dans la musique afghane frontalière du Pakistan ou de l'Iran - et qui en épouse ses modes musicaux -, mais plus près de l'Inde. C'est une sorte de raga, mais avec la spécificité de la musique afghane, purement rythmique, fondée sur des variations sur un thème principal, aux accélérations vertigineuses. Sakhi parvient, de son doigté virtuose, à nous faire entendre des plans sonores complètement distincts, créant une harmonie superbe.

 

 Son inventivité technique est telle qu'au coeur de ce raga, il utilise les cordes d'une façon sans doute jamais vue dans ce théâtre : en posant ses doigts par dessus son rubab, il le transforme en cithare. Le public sait apprécier cette innovation. Le joueur de tabla n'est pas en reste et déploie toute sa verve percussive pour soutenir le déluge rythmique du soliste.

 

 Peu avant la fin, Door Mohammad Keshmi, vu en coulisse, se joint aux autres musiciens. De la génération de Guéda Mohammad, son ghijak, vièle à cordes, apparaît complètement rustique. Il va pourtant lui aussi enflammer la salle en chantant quelques morceaux populaires, de nature romantique, provoquant le rire de quelques afghans dans la salle. Avec cette traversée de générations, de styles différents, le concert, loin d'être hybride, se distingue par une réjouissance souriante.

 

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