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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 09:36

 

 

 

 

 

Homayoun Shajarian, chant

 

Sohrab Pournazeri, kamanché, tanbur

 

Homayoun Naziri, tombak, daf, kouzeh (pot de terre)

 

 

 Ce samedi 13 avril, la salle du théâtre de la Ville était placée sous le signe persan. Il a suffit que Homayoun Shajarian, accompagné par ses musiciens, se présente sur la scène, pour qu'une clameur s'élève, de celles qui viennent plutôt conclure un concert. Homayoun Shajarian ? Le fils de Mohammad Reza Shajarian, considéré comme l'un des plus grands chanteurs de musique classique iranienne, en étant aussi acclamé, est déjà inscrit dans le sillage de son père.

 

 Ce serait évidemment extrêmement limitatif pour Homayoun Shajarian de n'être considéré que comme "le fils de", d'être enfermé dans cet écrin filial, ce qui, pour bien d'autres, vaut comme malédiction ou condamnation. Le public iranien le sait : la seule chose qui vaille, ici, c'est la musique, et l'auditeur occidental qui a écouté un tant soit peu Mohammad Reza Shajarian, en entendant le fils, peut assez vite se faire son opinion et susurrer : "il est comme son père". Par là, plus de poids filial à traîner, plus de fardeau, mais conscience d'un indiscutable niveau atteint.

 

  Car Homayoun, en plus d'être "le fils de", en a été aussi l'élève, et a fait partie d'un ensemble dirigé par lui. Formé par le père pour se glisser, par le prisme de la transmission qui est le moteur de cet art, à une certaine hauteur. Le chant d'Homayoun, né en 1975, n'est pas celui des jeunes et brillants interprètes masculins d'aujourd'hui : Salar Aghili, Mohammed Motamedi (prix France Musique des Musiques du Monde), Ashkan Kamangari. Il se tient, comme son père sur un fil tendu, sans cesse maintenu, et il est rare, dans ce concert de le voir redescendre de ces hautes cimes vocales. Ce chant-là, prend des allures d'incessantes invocations, d'adresses qu'il convient de ne jamais lâcher, de tension qu'il ne faut pas tarir.

 

 Virtuosité débridée, phrases qui se déroulent en cascades vibrantes, intarissables : le chant d'Homayoun Shajarian, décidément, au lieu de s'ancrer dans une veine vocale contemporaine, rappelle même sur un certain plan, par son précipité inaltérable, celle d'un grand chanteur d'un pays frontalier (Azerbaïdjan), au mode musical proche : Alim Qasimov.

 

 Cette vivacité dans la conduite vocale trouve, tout le long du concert, un répondant en la personne de Sohrab Pournazeri, le joueur de kamantché. On est habitué à cet instrument, accompagnateur essentiel des chanteurs, mais on avait rarement entendu ici une prestation d'une telle nervosité. Dans son dialogue avec Homayoun Shajarian, Pournazeri crée, par ses attaques de cordes, des ruptures de ton incessantes, creusant les notes pour en révéler la sève la plus rêche. Et sa manière, plus tard, de gratter les cordes avec ses doigts, nous fait comprendre que cette technique n'était manifestement pas le privilège de Kayhan Kalhor, le génial passeur.

 

 Mais c'est avec son tanbur, dont il est un spécialiste, que Pournazeri franchit un pallier supplémentaire dans son jeu habité. L'espace qui lui est accordé, entre les poèmes chantés, lui permet de mettre en oeuvre en avant tout son talent : secousses physiques, donnant la sensation d'un individu au bord de la transe, tant la virtuosité semble irriguer chaque portion du corps. Un parfum d'Asie Centrale, à l'image des bardes turkmènes, plane alors sur le plateau du théâtre.

 

 C'est en cela que la musique classique iranienne est passionnante : jamais figée, du fait de la variété ethnique qui compose sa société et dont les musiciens sont les révélateurs. Même le percussionniste, Homayoun Nazieri, à la prestation relativement sage,  traduit cette évolution avec ses trois percussions : à côté de l'emblématique tombak (ou zarb),  le daf, issu des confréries soufies, ou le kouzeh (pot de terre), évocateur du ghatam du sud de l'Inde, complète cette incessante irradiation d'une musique mobile.

 

 

 

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