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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 22:48

 

 

 

 

 

 

 

I wish (Nos vœux secrets)

 

Film de Hirokazu Kore-Eda

 

Avec Koki Maeda, Ohshiro Maeda, Ryoga Hayashi, Nagoyashi Seinosuke

 

 

 Distendu, le dernier film de Hirokazu Kore-Eda l’est sûrement, mais pour notre plus grand plaisir. Pas si éloigné de son précédent opus ("Still walking"), de par les thèmes familiaux qu’il brasse, "I wish" s’en distingue nettement non seulement par son ton plus léger, mais surtout par sa clarté affichée. Le titre anglais, plus juste que sa traduction française ("Nos vœux secrets") évacue non seulement la notion de secret, mais participe de cette volonté de lisibilité, dès lors que l’intrigue est portée principalement par des enfants.

 

 La verbalisation qu’implique le titre vaut comme marqueur d’une affirmation individuelle qui, de la bouche de Koichi, le frère aîné, prend des allures de performatif. Souhaiter, en retrouvant son petit frère, faire que la famille se reforme, vaut comme acte réalisable. Aller jusqu’à impliquer son grand-père dans un improbable périple concilie détermination innocente et idéalisme débridé.

 

 A la différence encore de "Still walking", la question de la famille ne repose pas sur un déclenchement de conflits, mode narratif éprouvé quel que soit le continent sur lequel on se trouve. Ici, la séparation est donnée, et elle s’adosse à une notion d’acceptation. La séparation induit à la fois un équilibre numéraire (un enfant par parent) et une stricte division spatiale : Kagoshima d’un côté (sud de l’île de Kyushu), et Fukuoka (au nord de l’autre), les noms des villes apparaissant sur l’écran dans un souci de clarté supplémentaire.

 

 Les divisions parentales ou spatiales n'induisent pas pour autant un équilibre des vœux des enfants. Les deux frères ne se valent pas, dans le rapport à la réalité qu'ils instituent. Koichi, dans son versant imaginaire, en espère à l'éruption d'un volcan pour permettre à ses parents de se rapprocher. Son décrochage de la réalité au mépris de toute conséquence néfaste permet toutefois à la fiction de se mettre sur des rails précis. Son potentiel imaginaire l'engage, en tant qu'organisateur, à vouloir rassembler des éléments, exercer une emprise sur la réalité. Faire en sorte que deux Shinkansen (Tgv japonais) se croisent pour provoquer un miracle vaut comme métaphore cinématographique : opérer un montage en reliant deux plans de réalité, de manière à inscrire une continuité spatiale.

 

 Si la capacité d'action de Koichi est fondée sur une exaltation de l'imaginaire, sur fond de nostalgie de l'unité familiale, il en est tout autrement pour Ryu, le cadet. Celui-ci prend acte de la réalité, en s'inscrivant dans un présent dynamique, - ce qui fait de lui un petit excité émouvant, comme dans la scène quasi surréaliste où il part à la chasse au papillon dans sa cours d’école - tout en s'ouvrant naturellement à l'avenir. Deux moments du film en témoignent : la conversation avec sa mère, propice à un passage douloureux, où il indique qu'il pensait qu'elle ne l'aimait pas parce qu'il ressemblait à son père ; lors d'une conversation avec Koichi, il lui demande si, à leurs retrouvailles, ils arriveront à se reconnaître. Dans ce deuxième cas, Ryu est très clairement celui qui intègre la dimension du temps qui passe, avec ce qu'elle implique d'oubli, tandis que Koichi, assurant à son cadet qu'ils n'auront pas tant changé en si peu de temps, est installé dans un temps immuable, hors du présent.

 

 Autre détail, apparemment anodin mais révélateur du parcours de ce petit être pris dans le flux du temps : il réussit à manger du chou, à son grand étonnement. Pour Koichi, le retour à la contingence existentielle sera passé par la prise de conscience de l'échec de son opération alchimique.

 

 "I wish" est un film qui avance par touches impressionnistes, bien plus qu'il ne table sur une veine contemplative, si inhérente à l'Asie. Son aspect de conte, lié à la posture de Koichi, imprime un mouvement irrésistible, représenté par l'échappée des enfants. La délicatesse des tableaux dépeints n'empêche pas certains passages cruels ou douloureux, comme la conversation de Ryu avec sa mère. Simplement, Kore-Eda a un art consommé pour différer toute explosion émotionnelle (faire une virée avec un chien mort) ou toute révélation du sens de certains actes. Pour étayer ce deuxième aspect, il suffit de prendre le début du film, où la mère demande à sa fille et à Koichi de deviner la signification de gestes qu'elle exécute. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'on comprendra qu'elle suit des cours de danse avec un groupe de femmes d'âge mur. Cette seule révélation, rattachée à aucune nécessité dramatique, rend la séquence magnifique.

 

 Le film fourmille ainsi d'instants manifestement peu porteurs de sens, fondés sur le pur plaisir : musical (danser sur des percussions évoquant l'Afrique), gustatifs (les douceurs du grand-père au goût "incertain"), mais qui contribuent d'autant plus à activer la fibre relationnelle. Parsemé de moments désopilants, "I wish" renforce la justesse avec laquelle Hirokazu Kore-Eda dépeint l'univers de l'enfance : plein de rêves, mais accolé à une réalité vibrante.

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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