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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 09:57

 

 

 

143-madani compagnie - illumination s 1 - franc ois-louis a

                Photo : François-Louis Athenas

 

 

Illumination(s)

 

Texte et mise en scène d'Ahmed Madani

 

Avec Boumès, Abdérahim Boutrassi, Yassine Chati, Abdelghani El Barroud, Mohamed El Ghazi, Kalifa Konate, Eric Kun-Mogne, Issam Rachyq-Ahrad, Valentin Madani

 

 

Il y a treize ans, lors du Festival d'Avignon, Ahmed Madani avait proposé, avec "Méfiez-vous de la pierre à barbe", un spectacle éblouissant. Sur un sujet pourtant douloureux (le génocide rwandais), il avait réussit à livrer une proposition lumineuse. En grande partie, cette réussite était liée à la présence de jeunes comédiens, qui contribuaient à insuffler une belle fraîcheur à la pièce.

 

"Illumination(s)" se veut un spectacle plus ample, tout en conservant des modalités de mise en scène qui tiennent toujours à coeur au metteur en scène : comédiens amateurs directement issus de la banlieue (cité du Val Fourré, à Mantes-la-Jolie, qui, un temps, a défrayé la chronique).

 

Plus que jamais, cette approche ne reflète en rien une posture esthétique figée (amateurisme contre professionnalisme). Elle repose sur une persistance de la mémoire, une imprégnation de l'expérience : Madani, dont la famille vient d'Algérie, a vécu au Val Fourré ; c'est dire si sa volonté d'exploration d'un lieu, par l'intermédiaire de ses acteurs, s'inscrit dans une dimension cathartique, fondée sur un souvenir d'enfance : pendant la guerre d'Algérie, la vision d'un homme criblé de balles, dont Madani avait l'impression que ses yeux le fixaient. Pas une image traumatique pour autant (ni même un souvenir-écran), mais persistant à un point tel qu'elle a exercé sur Madani une certaine fascination.

 

C'est ce souvenir qui permet à l'auteur-metteur en scène de tisser un va-et-vient entre passé et présent, de construire une pièce où les temporalités s'entrechoquent, où les fragments de souvenirs viennent s'agréger autour de points précis. Et c'est particulièrement avec l'utilisation invasive du prénom Lakhdar que Madani y parvient : tout le monde s'appelle Lakhdar, et ce savant recours à une contraction temporelle par le biais d'un prénom culmine dans une très belle scène où un Lakhdar de Val-Fourré rencontre un autre, manifestement son père ou son grand-père.

 

Littéralement, Madani concentre la question de la mémoire dans ce qui est sans doute la scène la plus importante de la pièce, à travers une formule ("Je me souviens"). Répétée comme une incantation, elle permet aux protagonistes d'évoquer les choses les plus cocasses ou difficiles, depuis l'Algérie, jusqu'au quotidien au Val-Fourré. Cette répétition confinant à la cantillation a valeur d'exorcisme, et rappelle d'évidence le texte de Georges Perec, mais avec une énergie insufflée par les comédiens qui en atténuent la dimension nostalgique.

 

A travers ce texte issu de témoignages des habitants du Val-Fourré, nul doute qu'il y a un parti-pris de la part de Madani, fondé sur une immersion personnelle. L'aspect sociologique le dispute ainsi au primat affectif. Madani arrive cependant à dépasser cette approche uniquement par les moyens du théâtre. "Illumination(s)" tient tout autant de la comédie musicale que du gospel. Grâce aux nombreux chants, à la musique, le discours engagé s'en trouve allégé, sans pour autant atténuer la portée des paroles proférées par les protagonistes. L'humour, constant, participe également d'une dédramatisation. Tous les comédiens, jouant avec une égale conviction, contribuent à faire de ce spectacle un moment particulièrement émouvant.

 

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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