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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 10:34
 
 
 
Le père de mes enfants
 
Film de Mia Hansen-Love
 
Avec Chiara Caselli, Louis-Do de Lencquesaing, Alice de Lencquesaing
 
 Deuxième film de Mia Hansen-Love, ex-rédactrice aux Cahiers du cinéma, "Le père de mes enfants" entretient plus d'une relation avec son premier, "Tout est pardonné", tourné en 2006 : famille apparemment harmonieuse qui se désunit, concentration à un moment du récit sur la trajectoire de la jeune fille du couple. Indépendamment de cette proximité thématique, c'est surtout la division des deux films en deux parties qui frappe. Division structurelle qui serait comme la marque d'une esthétique déjà affirmée.
 
 D'un côté, dans "Tout est pardonné", la séparation nette entre les deux parties se traduisait par un bond de onze ans en avant. Mia Hansen-Love peinait pourtant à assumer cette rupture avec le passé en ce que les dialogues de ses personnages, ultra explicatifs, y renvoyaient constamment. La rupture formelle n'empêchait pas la suture émotionnelle. "Le passé n'est pas mort ; il n'est même pas passé", dirait William Faulkner. 
 
 Pourtant basé sur le même principe (comment appréhender ce qui n'est plus), "Le père de mes enfants" n'en adopte pas moins une position plus radicale, puisqu'il s'agit ni plus ni moins que de faire disparaître, au coeur même du film, le personnage principal, Grégoire Canvel (Louis-Do de Lencquesaing). Un producteur passionné par son métier au point de s'y brûler les ailes. On n'avait pas vu venir cet épisode tragique, à peine signifié par un moment où Grégoire va se reposer sur un canapé. Plus éloquent, une scène précédant le suicide le montre dans sa voiture, filmé de l'extérieur, de face ; la vitre masquant en partie son visage, comme préfiguration de cette disparition.
 
 Si dans ce film rien ne peut faire retour, puisqu'on arrive, à son milieu, au coeur d'un accomplissement, d'une saturation du désir d'un individu, il s'agit ni plus ni moins que de cultiver ce désir. C'est sans doute la métaphore profonde du film, éminemment cinématographique : que des personnages (la femme de Grégoire en particulier) prennent le relais de la volonté d'un homme d'aller au bout de  projets voués à l'échec, c'est aussi tout simplement une manière de faire avancer le film de Mia Hansen-Love.
 
 Le sujet du film fait corps avec le mouvement de la fiction se déroulant sous nos yeux. C'est dès lors moins la question de mener des projets à terme qui compte que d'inscrire des sujets dans un désir d'exister par devers tout. C'est sans doute la raison pour laquelle, après la mort de Grégoire, le jeune cinéaste revenu avec son scénario en quête d'aide, se trouve refoulé par une assistante du défunt producteur.  Mais ce sera désormais à partir de là qu'il pourra exister comme personnage dans le film et tisser un lien avec la fille de Grégoire, Clémence.
 
 Dans cette deuxième partie, c'est autour de Clémence que va peu à peu se tisser un embryon de fiction, liée à la façon dont Mia Hansen-Love capte son évolution, de l'adolescente fille de son père aux premiers frémissements d'une future femme. C'est par là que ce personnage se distingue de celui de Paméla qui, dans "Tout est pardonné", au seuil de l'âge adulte, voulait retrouver son père. Ici, il n'y a pas de retour possible. Il n'y a qu'à ouvrir les portes du futur.
  

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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