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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 09:01

 

 

 

 

Le mariage à trois

 

de Jacques Doillon

 

Avec Pascal Greggory, Julie Depardieu, Louis Garrel, Louis-Do de Lencquesaing

 

 Il y a la sensation, en voyant le dernier Doillon, de retrouver un fil continu avec "Raja", datée de 2003. Proximité liée d'une part au fait de n'avoir pas vu son précédent film, "Le premier venu", mais surtout à la présence de Pascal Greggory. Aussi fébrile que dans le rôle de propriétaire d'un riad à Marrakech, il est saisi ici dans un moment intermédiaire. Le repli affectif, associé à un retrait spatial de seigneur dans son domaine, ne l'empêchait pas, dans "Raja", de vouloir expérimenter du "cul léger". Ici, le resserrement de l'espace à une maison de campagne (pas d'ouverture dans la ville comme dans "Raja") ne représente pas pour autant un rétrécissement de la narration.

 

 Au contraire, le bruissement des possibilités tient au fait que son univers de retrait créateur (il est auteur de pièce de théâtre) est investi par trois personnes (Julie Depardieu, Louis Garrel et Louis-Do de Lencquesaing). L'ex-femme, le nouvel homme de son ex et son agent. Le jeu des sentiments qui s'institue entre l'ex et le nouvel homme, se complète d'une autre présence, discrète au départ, mais se révélant essentielle aux perturbations émotionnelles : celle de Fanny, l'étudiante chargée de mettre au propres les écrits de Auguste, le dramaturge. Son inscription progressif dans le tissu narratif du film, dote celui-ci d'une véritable sensualité. La voir allongée nue dans un lit - digne d'une "Maja desnuda" de Goya -, introduit comme une stabilité émotionnelle là où l'intrigue, dans ses vingt dernières minutes,  se disperse en d'incessants rebondissements, en agitation vaudevillesque.

 

 C'est la crédibilité du sujet qui est alors en jeu, avec les tensions qui l'envahissent - jusqu'à l'usage d'une arme sur deux modes opposés : menaçant avec Pascal Greggory, ludique avec Julie Depardieu. Cette Fanny, point de stabilisation affective, moteur au départ improbable d'une relance des désirs fourmillants, est comme la petite soeur discrète, effacée, de Raja. D'autant plus pure qu'elle est débarrassée de toute roublardise, la question de l'argent n'ayant pas cours ici. Quand le bouillonnement créatif, mâtiné d'incertitudes galopantes, s'allie à l'éveil des sens, cela donne une fiction ouverte, tout simplement. 

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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